Le « Conseil de la paix » à Gaza est lancé – opportunité ou piège pour Israël ?

Le président Trump vient d’annoncer la création du Conseil de la paix qu’il préside, le Comité national pour l’administration de Gaza (NCAG), la Force internationale de stabilisation (ISF), et le Conseil exécutif de Gaza.

Voici un résumé structuré de l’architecture institutionnelle créée par le Comprehensive Plan to End the Gaza Conflict (le plan complet pour mettre fin au conflit à Gaza) annoncé par l’administration Trump et – ne l’oublions pas – appuyé par la résolution 2803 du Conseil de sécurité de l’ONU.

Je vais dans un premier temps vous expliquer leurs rôles, dépendances, et hiérarchie. Puis je vais évaluer qui est favorable Israël et qui ne l’est pas, et enfin vous donner mon opinion sur les avantages et risques pour Israël.

1) Les principaux organes créés et leurs rôles

A. Board of Peace (Conseil de la Paix)

Position hiérarchique : C’est l’instance supérieure de pilotage stratégique du plan (voir dépendances ci-dessous).

Mon estimation : 4/5 Pro-Israël


B. National Committee for the Administration of Gaza (NCAG)

(Les lecteurs m’excuseront d’employer le mot « palestinien », mais il ressort du texte original)

Mon estimation : 1/5 Pro-Israël


C. High Representative for Gaza

Mon estimation : 2/5 Pro-Israël


D. International Stabilization Force (ISF)

Pro-Israël estimé : 4/5


E. Gaza Executive Board

Pro-Israël estimé : 2/5

2) Dépendances et hiérarchie (simplifiée)

Président Trump (Chair, Board of Peace)

Board of Peace

High Representative ↔ Gaza Executive Board

NCAG

International Stabilization Force (coordonné à côté du mandat de l’ONU)

3) Évaluation générale des positions vis-à-vis d’Israël

Corps / OrganismeÉvaluation pro-Israël (1=faible, 5=forte)Justifications
Board of Peace4Dominé par US et alliés occidentaux ; soutien clair au plan, alignement avec Netanyahu.
NCAG1Organe palestinien technocratique critique envers Israël.
High Representative2Diplomate international aujourd’hui plutôt neutre, validé par Netanyahou.
ISF4Mandat fort de démilitarisation, motivé par la sécurité d’Israël.
Gaza Executive Board2International, mélange de perspectives ; certains membres neutres, d’autres très critiques.

4) Avantages pour Israël de cette architecture

A. Sécurité accrue et démilitarisation

B. Allégement politique et responsabilité partagée

C. Reconstruction et développement


5) Risques pour Israël

A. Souveraineté et perception de contrôle étranger

B. Réactions régionales négatives

C. Dépendance à la coopération internationale


6) Le point central : désarmement de Gaza

La démilitarisation effective du Hamas est le point décisif du plan. Sans neutralisation des armes, des tunnels et des capacités de commandement, toute l’architecture civile et internationale devient décorative. La question des recours d’Israël pour le cas où le désarmement n’est pas convaincant est donc centrale.

1. Le cadre de référence : ce que le plan implique juridiquement

Le plan Trump et la résolution onusienne qui l’accompagne reposent sur un principe implicite, mais fondamental :

La démilitarisation est une condition suspensive de la suite du processus.

Autrement dit :

ne sont pas inconditionnelles.

Cela crée, pour Israël, des leviers de sortie légitimes en cas d’échec.


2. Scénarios d’échec de la démilitarisation

On peut distinguer trois niveaux, car les recours ne sont pas identiques :

Le plan prévoit pour Israël des réponses différentes selon le degré d’échec.


3. Recours juridiques et diplomatiques d’Israël

3.1. L’invocation du droit à la légitime défense d’Israël selon article 51 de la Charte de l’ONU a été inscrite dans la résolution 2803 de l’ONU

C’est le recours le plus solide.

Israël n’est pas lié par une abstention militaire permanente. Israël peut notifier formellement :

Que les conditions sécuritaires ne sont pas réunies. Cela réactive automatiquement le droit à l’action préventive.


3.2. Suspension unilatérale de certaines obligations du plan

Israël peut légalement :

Et ce, sans sortir officiellement du cadre du plan. C’est une arme politique importante :

Israël reste « dans le plan », mais conditionne son application.


3.3. Mise en cause des organes internationaux

Israël peut exiger :

en arguant que :

Ce levier est particulièrement efficace vis-à-vis de Washington, mais soyons honnêtes, il l’est bien moins vis-à-vis d’ONU anti-israélienne.


4. Recours militaires et opérationnels

4.1. Reprise ciblée des opérations militaires

En cas d’échec partiel ou dissimulé, Israël peut légitimement recourir à :

sans reconquête totale de Gaza. C’est probablement le scénario le plus réaliste.

4.2. Reprise d’un contrôle militaire partiel ou sectoriel

En cas d’échec grave, Israël peut :

C’est un dernier recours, politiquement coûteux, mais juridiquement défendable.


5. Le levier américain : clé réelle du système

Le recours le plus décisif pour Israël n’est ni l’ONU ni le droit international, mais :

La relation bilatérale avec les États-Unis.

Si Israël démontre :

Washington peut :

Clairement, sans soutien américain, le plan devient politiquement fragile. Avec lui, Israël garde une liberté d’action substantielle.


6. Ce qu’Israël ne peut PAS faire sans coût majeur

Il faut être lucide :

Israël ne peut pas, sans coût diplomatique élevé :

D’où l’importance cruciale pour Israël de documenter chaque violation, et si Israël fait bien son travail, de les faire accepter par l’ONU, une après l’autre.


7. Évaluation stratégique finale

Avantage majeur pour Israël

Le plan ne désarme pas Israël juridiquement.
Il lui offre au contraire :

Risque principal

Le vrai danger n’est pas juridique, mais politique :


Conclusion claire

Si la démilitarisation du Hamas échoue, Israël dispose de :

  1. Un droit juridique intact à l’autodéfense qui n’était pas nominément exprimé avant le vote de la résolution 2803.
  2. Des leviers diplomatiques.
  3. Une palette d’actions militaires ciblées.
  4. Un soutien américain déterminant.

Mais tout repose sur un point : la capacité d’Israël à prouver, documenter et démontrer que l’échec est réel, structurel et dangereux pour sa sécurité.


7) Réponses aux principales critiques que vous lirez ici et là dans la presse

1. « Trump nous vend pour un accord “historique” », mais il a vendu son âme au Qatar.

Critiques complémentaires :

Réponse raisonnable

Résumé

Le plan Trump n’est pas Oslo, ni Annapolis, (ni Obama). C’est un plan transactionnel, réversible, et non idéologique.


2. « On confie notre sécurité à l’ONU et aux Européens »

Réponse raisonnable


3. « Le Hamas va tricher, comme toujours, il ne va pas désarmer »

Réponse claire

Pour être encore plus précis

Ce plan n’élimine pas le mensonge du Hamas, mais celui de l’Occident. Il élimine le déni occidental.


4. « On fige une entité palestinienne hostile aux portes d’Israël »

Réalité

Différence fondamentale :

Oslo a créé des droits irréversibles – qui n’ont pas été finalisés faute d’accord.
Ce plan crée des obligations révocables.


5. « Trump peut changer d’avis, ou perdre le pouvoir »

Risque

Raisonnablement, voici ce qu’il convient de rappeler

Point de vue réaliste

Le plan n’est pas une garantie éternelle, car les seules choses éternelles sont l’antisémitisme européen et le désir de l’islam de régner sur terre et de massacrer les juifs, chétiens et laïcs, mais c’est un nouvel espace de manœuvre.

8) Même si vous êtes rassuré par ce plan, voici les questions que vous n’avez pas le droit de ne pas vous poser


1. Que se passe-t-il si le Hamas refuse officiellement la démilitarisation ?

2. Qui contrôle les frontières, les ports, l’espace aérien ?

3. Que fait-on des cadres du Hamas ?

4. Quid de l’UNRWA et de l’endoctrinement ?

5. Gaza peut-elle redevenir une base terroriste iranienne ?

6. Que se passe-t-il si le plan « réussit » trop bien ?

Voilà un paradoxe rarement abordé.

Ma crainte : que les pressions internationales en profitent pour généraliser le modèle vers la Judée-Samarie et réclamer un Etat palestinien et que les successeurs de Netanyahou subissent le « syndrome Giuliani » 3

7. Dé-radicalisation et éducation à Gaza

Question clé : la démilitarisation sans dé-radicalisation est-elle une illusion ?

Vous touchez ici le point le plus sous-estimé par les diplomaties occidentales, mais le mieux compris par la droite israélienne : Une Gaza désarmée, mais idéologiquement intacte est une bombe à retardement.

Ce que prévoit réellement le cadre du plan

Même si ce n’est pas formulé clairement, le plan repose sur trois leviers concrets, et non sur des slogans :

  1. Contrôle des financements éducatifs
  1. Marginalisation institutionnelle de l’endoctrinement
  1. Substitution progressive des récits
  1. Limite assumée

8. Rôle des États-Unis post-Trump

Question critique : que reste-t-il du plan quand Trump s’en va ?

Les trois mécanismes de survie du plan

  1. Une future administration américaine peut :
  1. Création de coûts de sortie
  1. S’aligner avec des États arabes clés

© Jean-Patrick Grumberg pour Israël 24/7.org


  1. https://israel247.org/qui-est-nikolay-mladenov-le-directeur-general-du-conseil-de-la-paix-designe-par-trump-pour-gaza-268992.html ↩︎
  2. Le Major General Jasper Jeffers est un officier supérieur de l’U.S. Army, actuellement commandant du Special Operations Command Central (SOCCENT), la structure américaine qui supervise les opérations spéciales au Moyen-Orient, en Afrique de l’Est et en Asie centrale. Il a servi dans des théâtres comme l’Irak, l’Afghanistan ou la Syrie, avec une longue expérience en opérations de combat et en coordination multinationale. ↩︎
  3. Le « syndrome Giuliani » tel que je l’ai observé : le succès spectaculaire de Rudy Giuliani (1994-2001) dans la réduction de la criminalité à New York a créé une sorte de bien-être générationnel. Les New-Yorkais suivants ont considéré la sécurité comme un non-sujet car elle était acquise, réelle, et ils ont voté pour des maires plus progressistes/laxistes (notamment Bill de Blasio et maintenant Mamdani), et ils se retrouvent désormais avec une remontée inquiétante de la violence, de la criminalité et de l’insécurité. ↩︎

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