Le « Conseil de paix » de Trump pour Gaza a un visage : Nikolay Mladenov.
Le Premier ministre Netanyahou a rencontré aujourd’hui dans son bureau à Jérusalem Nikolai Mladenov, qui a été désigné pour occuper le poste de directeur exécutif du « Conseil de paix » dans la bande de Gaza.
Au cours de la réunion, le Premier ministre a réaffirmé et précisé que le Hamas devait désarmer et que la bande de Gaza devait être démilitarisée conformément au plan en 20 points du président Trump.
Le bilan de Nikolay Mladenov en tant que médiateur soulève des questions difficiles concernant le contrôle international, le pouvoir israélien et l’effacement de l’autodétermination « palestinienne ».
De Sofia au Moyen-Orient
Né à Sofia en 1972, Mladenov est issu d’une famille profondément ancrée dans l’establishment bulgare de la guerre froide. Son père travaillait pour le Comité pour la sécurité de l’État, les services de renseignement de l’ère communiste, tandis qu’un oncle était diplomate. Mladenov a souvent laissé entendre que le fait d’avoir grandi pendant la transition de la Bulgarie du socialisme à l’adhésion à l’UE lui avait donné une sensibilité particulière aux conflits liés à l’identité, au nationalisme et à l’effondrement des États.
Après avoir étudié les relations internationales à Sofia et les sciences militaires au King’s College de Londres, il a travaillé -tenez-vous bien – pour l’Open Society Foundations de George Soros, et à la Banque mondiale à la fin des années 1990, avant de fonder l’Institut européen à Sofia, un groupe de réflexion promouvant les réformes néolibérales et l’intégration européenne.
Son ascension politique a été rapide.
- Élu au parlement bulgare en 2001,
- il a ensuite siégé au Parlement européen avant de devenir ministre de la Défense,
- Puis ministre des Affaires étrangères entre 2009 et 2013.
- Il a rejoint les Nations unies en 2013, d’abord en tant que représentant spécial en Irak, puis,
- De 2015 à 2020, en tant que coordinateur des Nations unies pour le processus de paix au Moyen-Orient.
Ayant pris ses fonctions au lendemain de la guerre menée par Israël contre Gaza en 2014, M. Mladenov a adopté ce que ses alliés ont qualifié d’approche « pragmatique », axée moins sur les négociations relatives au statut final que sur la prévention d’une nouvelle escalade militaire.
M. Mladenov a joué un rôle central dans la médiation du cessez-le-feu de 2018 entre Israël et le Hamas et a souvent participé aux négociations sur le carburant, les salaires et les fonds de reconstruction, gagnant ainsi la confiance des deux parties.
L’ancienne ministre des Affaires étrangères post-sioniste Tzipi Livni le considérait comme un « médiateur impartial » ce qui n’est pas une bonne chose, et le défunt dirigeant du Hamas, Ismail Haniyah, l’aurait rapidement contacté pour explorer les options de cessez-le-feu lors des escalades qui ont suivi le 7 octobre, ce qui n’est pas très bon non plus.
Une neutralité contestée
Malgré ce pedigree nettement globaliste et à gauche, la réputation de Mladenov en tant que « médiateur équilibré » est contestée depuis longtemps. Son habitude de condamner de la même manière la force militaire israélienne et le terrorisme lui a valu la crédibilité des cercles progressistes de l’ONU et d’Israël, mais lui a aliéné de nombreux Arabes, qui considéraient cette symétrie comme occultant les réalités de l’occupation, et la droite israélienne comme un intermédiaire non fiable.
Les tensions avec les dirigeants arabes sont devenues explicites en 2018, lorsque de hauts responsables de l’OLP ont déclaré que Mladenov n’était plus considéré comme un médiateur honnête, l’accusant de marginaliser l’Autorité palestinienne en négociant directement avec le Hamas. Les responsables du Fatah sont allés plus loin, affirmant que son approche avait légitimé le pouvoir de facto du Hamas à Gaza tout en affaiblissant la représentation nationale arabe.
Cette méfiance s’est accentuée lorsque Mladenov a publiquement soutenu les accords d’Abraham, négociés par l’administration Trump en 2020. Il a fait valoir que la normalisation entre Israël et plusieurs États arabes avait contribué à éviter l’annexion de la Judée Samarie et ouvert de nouvelles perspectives de coopération régionale. Pour les Arabes, ces accords ont été largement considérés comme une trahison : une normalisation sans concessions mettant fin à l’occupation et sans le consentement des Arabes.
Alliances et influence
Le réseau de Mladenov est vaste et ancien. Depuis la fin des années 1990, il a noué des liens étroits avec des personnalités de tout le spectre politique israélien, notamment Avigdor Liberman, ainsi qu’avec des diplomates et des responsables de la sécurité de haut rang.
Le réseau de Mladenov s’étend bien au-delà de Liberman. Il entretient des relations avec des personnalités israéliennes de premier plan, notamment le président Isaac Herzog et l’ancienne ministre des Affaires étrangères, la progressiste Tzipi Livni, ce qui souligne l’étendue de son accès à l’élite politique israélienne.
Depuis 2022, il occupe le poste de directeur général de l’Académie diplomatique Anwar Gargash à Abu Dhabi, une institution centrale dans l’élaboration de la politique étrangère des Émirats.
Il est largement considéré comme l’un des plus éminents partisans de la normalisation des relations entre les pays arabes et Israël.
L’alignement stratégique des Émirats arabes unis – avec Israël, Washington et l’ordre régional post-accords d’Abraham – a exacerbé les critiques à l’égard du rôle de Mladenov. Il a été décrit comme « l’homme des Émirats arabes unis à Gaza », une caractérisation qui reflète les craintes plus générales que les États du Golfe exercent une influence disproportionnée sur tout mécanisme de gouvernance internationale.
Si Mladenov a critiqué à plusieurs reprises l’expansion des localités israéliennes en Judée Samarie, il s’est également toujours ouvertement opposé à ce que les Arabes appellent la « résistance armée », le terrorisme. Cette double position lui a valu une certaine acceptation au sein de cercles politiques israéliens centristes.
Selon le journal Yedioth Ahronoth, Israël en est venu à considérer Mladenov comme un « médiateur impartial », acceptant même qu’il supervise les fonds des donateurs destinés à la reconstruction de Gaza, lui faisant confiance pour veiller à ce que l’argent ne soit pas détourné vers la construction de tunnels ou des opérations militaires.
Le journal note que Mladenov a critiqué à la fois Israël et le Hamas, un équilibre que beaucoup considèrent comme essentiel à la crédibilité qui a fait défaut à plusieurs de ses prédécesseurs à l’ONU.
Il est également chercheur principal au Washington Institute for Near East Policy, un groupe de réflexion connu pour ses liens étroits avec les cercles politiques américains et israéliens, et aurait des liens de longue date avec Jared Kushner, gendre de Donald Trump et principal architecte des accords d’Abraham.
Pourquoi Mladenov et non Blair ?
Tony Blair a été initialement présenté comme le candidat préféré de Trump pour la structure de gouvernance de Gaza, mais l’opposition des gouvernements arabes et à majorité musulmane, motivée par son rôle dans l’invasion de l’Irak en 2003, a rendu sa nomination inacceptable. Blair a depuis été relégué à un rôle exécutif moins visible.
Mladenov offrait une alternative plus acceptable.
Diplomate non européen occidental, expérimenté à Gaza, acceptable pour Israël, familier des factions arabes, et intégré dans les réseaux politiques du Golfe.
Conclusion
Sa nomination ne change pas grand-chose à la réalité sous-jacente. Le Conseil de paix proposé reste une autorité imposée de l’extérieur, les Arabes étant absents de tout véritable leadership, et suivant la résolution 2803 de l’ONU, rien ne peut être décidé sans l’aval d’Israël.
Malgré la profonde méfiance d’Israël envers les responsables de l’ONU, instinctivement favorables à la cause arabe, les responsables israéliens ont exprimé leur satisfaction prudente à l’idée que Mladenov assume le rôle de médiateur à Gaza. Son bilan est considéré comme pragmatique et relativement équilibré, reflétant ce que beaucoup en Israël décrivent comme des instincts modérés. Cependant, la nomination n’a été rendue publique que très récemment, et plusieurs taches noires viennent négativement teinter son pedigree, lesquelles ne manqueront pas d’être relevées dans les jours qui viennent par les politiciens plus à droite que Netanyahou, et mes confrères des médias de droite israéliens.
© Jean-Patrick Grumberg pour Israël 24/7.org