Comment financer sans “financer” : la mécanique LFI–AFPS du terrorisme en zone grise

Le système de captation des subventions publiques qui échappe aux catégories pénales, mais pas à la responsabilité politique

Cet article examine un phénomène politique et institutionnel qui échappe aux catégories juridiques usuelles : la production, par agrégation de décisions locales pensées légitimes, d’une infrastructure de solidarité capable de faire circuler des ressources publiques vers des territoires sous contrôle terroriste sans déclencher de réaction systémique de contrôle. Il établit donc l’existence, en France, d’une architecture de solidarité sous contrainte armée : un agencement stable de dispositifs publics, parapublics et militants qui rend possible la circulation de ressources vers des théâtres où des groupes terroristes exercent un contrôle territorial, fiscal ou logistique. L’enjeu n’est pas d’instruire un procès d’intention ; il est d’identifier une vulnérabilité de gouvernance : lorsque les flux sont fragmentés, mutualisés et politiquement sanctuarisés, la captation n’a pas besoin d’être “voulue” pour devenir prévisible.

La thèse centrale est que l’interface entre La France insoumise (LFI) et l’Association France Palestine Solidarité (AFPS) stabilise cette architecture en France. LFI fournit un bouclier normatif et discursif: neutralisation politique du risque terroriste, disqualification de la vigilance, pression idéologique sur les exécutifs locaux. L’AFPS fournit un hub opérationnel sur le terrain des collectivités: intermédiation, sélection des partenaires, routinisation institutionnelle des flux financiers et leur continuité, insertion des financements dans des dispositifs institutionnels et mutualisés. La décentralisation et l’absence de consolidation nationale – dérivées de l’association de cette protection normative et de la continuité opérationnelle – transforment alors une suite de micro-décisions “localement vertueuses” en une chaîne politique systémique, exploitable dans des environnements de contrainte armée (terroriste) et rendant l’argument de la naïveté progressivement intenable.

La question posée ici n’est donc pas celle – réductrice – du financement du terrorisme au sens pénal du terme; elle est plus radicale et plus dérangeante,: Qu’est-ce qui rend finançable, qu’est-ce qui rend non consolidable, et qu’est-ce qui rend politiquement intouchable? Autrement dit: Comment un État démocratique, à travers ses collectivités territoriales et ses acteurs politiques, accepte-t-il que des fonds publics circulent durablement dans des territoires contrôlés par des groupes terroristes et par ce biais participe à l’administration indirecte de ces territoires, tout en se déclarant extérieur à toute responsabilité politique ou sécuritaire?

Cet article tente d’y répondre factuellement en montrant que l’interface LFI–AFPS stabilise une architecture de solidarité décentralisée qui, par fragmentation et non-consolidation des flux, rend prévisible la captation indirecte de fonds publics en contexte de contrainte armée(groupes terroristes).


Il existe des formes de pouvoir qui ne se déclarent jamais comme telles. Elles ne gouvernent pas par décret, ne conquièrent pas par la force, ne légifèrent pas en leur nom. Elles opèrent dans les interstices : par dispositifs fragmentés, chaînes d’intermédiation, fonds mutualisés, événements de façade, catégories morales unanimement valorisées (solidarité, humanitaire, coopération). Or ces agencements produisent des effets politiques profonds, durables et parfois violents. L’un des principaux obstacles à la compréhension de la captation de fonds publics réside dans l’illusion du récit pénal : parler de « financement du terrorisme » suppose un acte intentionnel, un lien direct, une chaîne de responsabilité identifiable. Le droit pénal, par nature, recherche la volonté, la connaissance et la participation consciente. L’architecture étudiée ici est construite pour fonctionner en deçà de ce seuil : aucun acteur pris isolément ne finance une organisation terroriste mais l’ensemble du système produit des effets compatibles avec les intérêts matériels et politiques d’organisations terroristes exerçant une souveraineté de fait.

Dans les territoires sous contrainte terroriste (Hamas, FPLP) – Gaza comme certaines zones de Judée-Samarie – la finance n’est jamais neutre. Tout flux entrant devient une ressource gouvernable : il est intégré, taxé, réorienté, soumis à des services imposés, ou conditionné par des mécanismes coercitifs. Dans un tel environnement, la question stratégique n’est pas « qui finance directement ? » mais « quel système permet à des flux publics d’entrer sans contrôle consolidé dans un espace où ils ne peuvent pas échapper à l’interaction avec des acteurs armés ? ». Autrement dit : la prévisibilité du risque devient la variable centrale.

La France a, depuis plusieurs décennies, privilégié la coordination décentralisée de la solidarité internationale. Régions, départements et municipalités sont devenus des acteurs de l’action internationale, disposant de budgets, de partenaires et de marges d’initiative. Ce choix, souvent présenté comme un progrès démocratique, produit pourtant un effet collatéral majeur : l’éclatement de la responsabilité stratégique. Là où l’État central pouvait théoriquement articuler diplomatie, sécurité et droit, un archipel d’acteurs locaux agit dans un registre essentiellement moral et politique, souvent dépourvu d’outils d’analyse du risque. Cette dévolution ne crée pas un vide ; elle crée une architecture sans centre, donc sans consolidation. C’est dans cet espace que se déploie la thèse de cet article : l’association de deux fonctions – une fonction politique de protection normative et une fonction associative de traduction opérationnelle – constitue un dispositif stabilisé de circulation des ressources. LFI fournit le cadre qui neutralise la vigilance ; l’AFPS assure la continuité des flux en qualifiant les partenaires, en routinisant les dispositifs et en insérant les financements dans des canaux institutionnels. Aucune de ces fonctions, prise isolément, ne suffit à caractériser un financement direct mais leur articulation produit une infrastructure exploitable, dont les effets deviennent progressivement prévisibles et, à ce titre, politiquement imputables.

Schéma de synthèse – Architecture de circulation et points de vulnérabilité

I. Décentralisation des financements, fragmentation des responsabilités et émergence des zones grises

Les dispositifs contemporains de financement de causes transnationales reposent de plus en plus sur une décentralisation fonctionnelle : multiplication des points d’entrée, diversification des instruments (subventions municipales, coopérations décentralisées, partenariats culturels, fonds mutualisés), et distribution des rôles entre acteurs qui ne partagent ni la même information ni la même doctrine. Ce modèle produit un double avantage pour les réseaux militants : il élargit la base des contributions et il dilue, de facto, la responsabilité politique.

Sur le plan de la lutte contre le financement du terrorisme, la difficulté n’est pas l’absence d’outils : les cadres anti-blanchiment et LCB-FT sont robustes lorsqu’ils s’appliquent à des flux centralisés, bancarisés et hiérarchisés. La difficulté réside dans le changement de forme : la solidarité décentralisée fabrique une chaîne où chaque maillon ne contrôle qu’un segment, rendant l’identification d’un bénéficiaire final et la reconstitution d’une chaîne de valeur extraordinairement difficiles sans consolidation systématique.

Dans le domaine palestinien, l’enjeu est redoublé : la circulation de ressources vers des territoires où des organisations terroristes exercent une autorité de fait (territoriale, fiscale, coercitive) transforme le risque en paramètre structurel. La question n’est pas de présumer la malveillance des élus locaux ; elle est d’établir que l’architecture, par sa forme, désactive la vigilance et empêche les réactions correctrices. Dès lors, la captation cesse d’être un accident : elle devient une conséquence attendue d’un système qui ne consolide pas.

La coopération décentralisée confère aux collectivités un rôle croissant dans une « diplomatie locale » de fait, parallèle à celle de l’État. Cette autonomie s’accompagne rarement de dispositifs proportionnés de contrôle contextuel. Les exécutifs locaux agissent dans un cadre idéologique où toute interrogation sécuritaire est perçue comme remise en cause de la solidarité. La vigilance est ainsi non pas supprimée, mais disqualifiée : elle devient une posture, non une obligation. Le résultat est une zone grise institutionnelle : un espace où les flux peuvent circuler dans la durée parce que personne n’en porte la vision consolidée. L’État conserve la responsabilité politique ultime mais ne maîtrise plus l’ensemble des leviers opérationnels ; les collectivités disposent de budgets et de légitimités fortes, mais ni des outils ni du mandat pour intégrer pleinement les impératifs de sécurité nationale dans des engagements internationaux à haut risque.

Tableau 1 – Architecture globale des acteurs (France → territoires palestiniens)

NiveauActeurNatureRôle dans l’architectureType de flux
PolitiqueLa France insoumise (LFI)Parti politiqueProtection normative, neutralisation du risque, pression discursive sur la vigilanceIndirect
Associatif (hub)AFPSOrganisation militanteIntermédiation, légitimation, sélection des partenaires, routinisationDirect / indirect
AssociatifUJFP (selon cas)Organisation militanteRadicalisation discursive, légitimation de la « résistance armée »Indirect
InstitutionnelCollectivités territorialesActeurs publicsSubventions fragmentées, coopération décentralisée, événementsDirect
OpérateursAFD / réseaux nationaux (selon dispositifs)Opérateurs publics / réseauxFinancement indirect via programmes, festivals, dispositifs de coopérationIndirect
PlateformesRCDP / CUF (fonds mutualisés)RéseauxMutualisation et dilution de responsabilitéAgrégé
TerrainONG partenaires nommées (UAWC, HWC, Addameer, Al-Haq…)ONG localesRéception / exécution / redistributionFinal
ArméOrganisations armées (ex. Hamas, FPLP)Acteurs coercitifs (groupes terroristes)Taxation, contrôle territorial, captation directe/indirecteCaptation

Aucun maillon pris isolément ne suffit à qualifier juridiquement une intention pénale mais l’ensemble forme une architecture fonctionnelle dans laquelle la captation devient prévisible dès lors que le contexte terroriste est reconnu comme variable structurante.

II. Des collectivités à l’infrastructure politique : montants fragmentés, effets de seuil et acceptation du risque

Rompre avec l’illusion d’une causalité « par le haut » est une condition de l’analyse. Le cœur opératoire du système se situe au niveau territorial : c’est là que les flux sont décidés, que les partenariats sont reconduits, que les montants sont calibrés, et que les alertes éventuelles sont traitées – ou neutralisées. Le local n’est pas un simple relais : il est un espace de gouvernement effectif, précisément parce qu’il combine une capacité autonome de financement public, une proximité idéologique avec des réseaux militants, et une distance structurelle avec les dispositifs nationaux de contrôle sécuritaire. Dans les collectivités les plus engagées, l’hypothèse de l’ignorance doit être traitée avec prudence. L’information existe : mises en garde publiques, controverses récurrentes, interpellations d’opposition, débats budgétaires, documentation accessible sur certaines affiliations. Ce qui varie n’est pas l’existence du signal, mais son traitement. Le risque est requalifié : ce qui pourrait être analysé comme un problème de sécurité est redéfini comme enjeu moral ou idéologique. La vigilance cesse d’être une obligation ; elle devient une option souvent rejetée.

Dans plusieurs collectivités, le soutien affiché « aux Palestiniens » fonctionne moins comme une politique humanitaire que comme une politique de neutralisation : la cause est sanctuarisée, tandis que la question des organisations terroristes et des économies de contrainte est reléguée au rang d’« accusation » ou de « polémique ». Cette opération discursive est un mécanisme de gouvernance. Elle protège la continuité des flux en rendant politiquement coûteuse toute demande de contrôle.

Le fonctionnement financier repose sur un principe fondamental : la fragmentation des montants. Les subventions attribuées par les collectivités se situent fréquemment sous des seuils déclenchant des obligations renforcées de contrôle et de déclaration. Dans la pratique, une collectivité verse 10 000 €, 20 000 € ou 40 000 € ; une autre verse un montant analogue ; un fonds mutualisé agrège ces contributions. L’agrégation finale peut devenir substantielle (par exemple ≈ 265,7 k€ dans un dispositif mutualisé documenté), sans qu’aucun acteur isolé ne franchisse un seuil de visibilité systémique. À l’inverse, lorsqu’un financement franchit explicitement un seuil (ex. 153,5 k€), la réaction publique devient immédiate – confirmant que les acteurs intègrent la fonction politique des seuils. En effet, dès lors que le montant annuel total des subventions publiques perçues par une association atteint 153 001 €, celle-ci entre dans un régime de contrôle renforcé : elle doit désigner un commissaire aux comptes (notamment au titre de l’article L.612-4 du Code de commerce) et se conformer aux obligations afférentes. Dans ce cadre, la publication des comptes annuels ainsi que du rapport du commissaire aux comptes devient obligatoire. En pratique, franchir le seuil — ne serait-ce que marginalement (par exemple 153 001 €) — suffit à faire basculer l’organisation dans ce dispositif, même si certaines formulations administratives oscillent entre « au moins 153 000 € » et « supérieur à 153 000 € ». Deux clarifications sont essentielles à ce stade. Premièrement, il ne s’agit pas d’une “déclaration” au sens pénal ou TRACFIN, mais d’un seuil comptable et de gouvernance (commissariat aux comptes et publicité des comptes). Deuxièmement, ce seuil ne doit pas être confondu avec celui de 23 000 €, qui concerne non pas l’association, mais le financeur public : au-delà, une convention doit être conclue lorsque la subvention dépasse ce montant, selon une logique “par subvention / par financeur”.

Cette rationalité d’« anti-consolidation » constitue un angle mort majeur des politiques LCB-FT : la règle est pensée pour des flux bancaires centralisés ; l’architecture observée s’organise pour rester diffuse, morcelée, politiquement protégée, et idéologiquement normalisée.

Études de cas territoriales (extraits de dispositifs documentés)

Les cas ci-dessous illustrent la logique de l’architecture : montants unitaires faibles, dispositifs routinisés, présence structurante de l’AFPS et difficulté de lecture consolidée. Les montants mentionnés correspondent à des ordres de grandeur ou à des agrégats, l’enjeu étant l’effet systémique d’ensemble.

Collectivité / niveauOrientation / majorité (période)Modalité (subvention / logistique / fonds)Présence / rôle AFPSOrdre de grandeur / seuil
Ville de Montreuil (93)Majorité municipale avec influence LFI (selon période)Subventions, événements, mises à disposition d’infrastructuresAFPS locale active, organisation d’événements et intermédiation≈ 10–40 k€/an (typique) – sous seuil
Département de la Seine-Saint-Denis (93)Exécutif de gauche radicale / alliés LFI (selon période)Participation via fonds mutualisés / enveloppes intercollectivitésAFPS comme relais idéologique et prescripteur< 50 k€/an (contribution) – agrégation
Collectivités membres RCDP (plusieurs régions/communes)Exécutifs pluriels ; appuis politiques variablesFonds mutualisés (RCDP/CUF) – contributions agrégéesAFPS comme acteur de normalisation et mise en réseau≈ 265,7 k€ agrégé – dilution
Communes d’Île-de-France (plusieurs cas)Majorités incluant LFI ou alliés (selon cas)Coopération décentralisée / subventions associativesAFPS prescripteur localMontants fragmentés – lecture consolidée absente

Tableau 2 – Flux financiers documentés (montants et effets de seuil)

SourceBénéficiaire / intermédiaireMontantPériodeLecture (effet de seuil / visibilité)
AFDAFPS153 500 €2017Seuil sensible franchi → alerte publique
AFDCRID (Festival des Solidarités) – circuits associatifs1,6 M€2019–2021Financements indirects via dispositif/événement
Collectivités localesAFPS (groupes locaux) / événements / logistique5 000–40 000 €/anrécurrentSous seuil → invisibilisation
Collectivités (via fonds mutualisé)RCDP / CUF – contributions agrégées≈ 265 700 € (cumul)pluriannuelDilution inter-collectivités
Dons militants / cagnottesPlateformes/collectifs (selon cas)Variable (non consolidé)continuOpacité / hors lecture consolidée

Remarque : l’enjeu analytique n’est pas la conformité formelle de chaque micro-versement, mais la production d’un effet macro par agrégation. Sans consolidation, le système reste politiquement lisible et juridiquement résilient – donc exploitable.

III. Typologies de captation : vulnérabilités fonctionnelles et rationalité des acteurs armés

Une erreur fréquente consiste à supposer que la captation impliquerait un contrôle direct, explicite et centralisé des flux financiers. En contexte terroriste, la captation opère rarement par détournement massif et visible : elle fonctionne par micro-prélèvements, taxation diffuse, sélection contrainte des bénéficiaires, contrôle des projets, et redistribution orientée. Dès lors, la question pertinente n’est pas « les fonds financent-ils directement une organisation armée ? » mais « les fonds peuvent-ils circuler sans interaction avec un acteur coercitif exerçant une souveraineté de fait ? ». Dans le cas palestinien, la réponse est structurellement négative dès que les territoires visés sont gouvernés, même partiellement, par des organisations terroristes. Du point de vue du renseignement, une architecture n’est ni morale ni illégale par essence : elle est exploitable ou non. L’architecture décrite par cette note présente quatre vulnérabilités majeures qui la rendent lisible, stable et attractive pour des acteurs rationnels.

Tableau 3 – Partenaires palestiniens nommés et éléments d’affiliation (présentation indicative)

Organisation (ONG)ZoneÉléments publics/controverses rapportésOrganisation armée citée (selon sources)
UAWCJudée SamariePartenariats et financements rapportés dans des circuits associatifsFPLP
HWCJudée SamariePartenariats et financements rapportés dans des circuits associatifsFPLP
AddameerJudée SamariePartenariats rapportés avec ONG françaises / controverses publiquesFPLP
Al-HaqJudée SamarieControverses publiques sur des dirigeants/affiliations alléguéesFPLP
Humani’Terre (partenaire mentionné)GazaÉléments de controverses/enquêtes relayés publiquementHamas

Note : ce tableau vise à expliciter la logique de risque (signalisation publique, controverses, affiliations alléguées/rapportées). La qualification juridique relève des autorités ; l’enjeu ici est la prévisibilité des signaux et leur prise en compte dans la diligence.

IV. Implications stratégiques : angle mort structurel de la lutte contre le financement indirect du terrorisme

L’architecture décrite n’est pas une controverse partisane ; elle constitue un problème d’État au sens strict : un dysfonctionnement structurel entre niveaux de gouvernement, dispositifs de contrôle et réalités du terrorisme. Le problème ne réside pas dans l’existence de la solidarité internationale, ni même dans l’engagement politique. Il réside dans la désarticulation entre action publique décentralisée et impératifs stratégiques de sécurité nationale. Les cadres français et européens de lutte contre le blanchiment et le financement du terrorisme ont été conçus pour des flux centralisés : identification des bénéficiaires effectifs, traçabilité, consolidation de l’information, déclenchement d’alertes à partir de seuils ou de profils. Ils sont efficaces dans ce périmètre. En revanche, ils sont structurellement mal adaptés aux architectures décentralisées, fragmentées, politiquement protégées et idéologiquement normalisées.

Dans le système observé, aucun maillon pris isolément – collectivités, association, fonds mutualisé – ne présente un profil de risque suffisant pour déclencher une réaction automatique. Pourtant, l’agrégation produit un effet que les dispositifs actuels ne sont pas conçus pour appréhender. Il s’agit donc d’un angle mort structurel, non d’une défaillance ponctuelle. Ce constat implique une réponse de gouvernance : reconstituer la capacité de consolidation stratégique sans abolir la décentralisation. Il ne s’agit pas d’interdire, mais d’articuler solidarité et sécurité par des obligations de diligence proportionnées au contexte. En termes d’orientations opérationnelles, on peut proposer:

V. Le rôle de LFI et de l’AFPS : quand la connaissance devient responsabilité

Il est désormais insuffisant d’expliquer l’architecture de solidarité sous contrainte armée comme un simple effet diffus de la décentralisation ou comme une juxtaposition d’initiatives locales hétérogènes. Cette lecture occulte le rôle joué par certains acteurs politiques et associatifs dans la structuration, la protection et la pérennisation du système.

LFI occupe une place structurante non parce qu’elle distribuerait les fonds, mais parce qu’elle produit les conditions d’acceptabilité. Par son discours, par son influence sur des exécutifs locaux, et par sa capacité à redéfinir la vigilance en posture idéologique, le parti neutralise les mécanismes d’autocorrection : l’audit devient une hostilité, la consolidation devient une suspicion, la catégorie sécuritaire devient illégitime. En ce sens, LFI ne finance pas ; elle rend finançable.

L’AFPS occupe une place nodale d’une autre nature : elle opère la traduction opérationnelle. Elle assure l’interface informationnelle, propose les partenaires, stabilise les récits publics, et transforme des engagements militants en politiques publiques locales routinisées. Son rôle est central précisément parce qu’il cumule des fonctions normalement séparées : expertise, prescription, sélection, et normalisation.

Pris ensemble, ces rôles expliquent la robustesse de l’architecture : protection normative (LFI), continuité opérationnelle (AFPS), fragmentation financière (collectivités), et absence de consolidation (État). Dans ce cadre, l’argument de l’aveuglement perd sa crédibilité : l’information est disponible, les controverses sont connues, les effets de seuil sont compris, et les dispositifs sont reconduits.

Tableau 4 – Rôle fonctionnel (LFI / AFPS / Collectivités / État)

ActeurCe qu’il sait (niveau d’information)Ce qu’il fait (fonction)Effet systémique
LFIDossier palestinien structuré ; accès aux controverses et signauxDisqualification de la lecture sécuritaire ; protection normativeNeutralisation de la vigilance
AFPSPartenaires et controverses connues/rapportées ; expertise militanteSélection, recommandation, routinisation des fluxContinuité opérationnelle
CollectivitésRisques documentés à des degrés variables ; alertes publiquesReconduction de subventions ; insertion institutionnelleAcceptation tacite du risque
ÉtatConnaissance des angles morts ; dispositifs LCB-FT existantsAbsence de consolidation adaptée à la décentralisationVide exploité par l’architecture

Conclusion – Quand le vide de l’État devient une opportunité politique

La démonstration conduite dans cet article ne se résume pas à une alerte morale. Elle établit un fait de gouvernance : la France a laissé se stabiliser, dans les interstices de la décentralisation, une architecture de solidarité sous contrainte armée dont la propriété principale est la non-consolidation. Cette non-consolidation produit un avantage structurel : chaque flux, pris isolément, demeure administrativement défendable ; mais l’agrégation des flux constitue une chaîne durable vers des environnements contrôlés par des groupes terroristes ce qui rend la captation structurellement possible et, au total, prévisible.

Le cœur du problème est désormais identifiable. Il ne tient ni à l’existence de la solidarité internationale, ni à la seule multiplication d’initiatives locales. Il tient à l’interface entre deux fonctions complémentaires : LFI comme bouclier normatif — neutralisant politiquement la vigilance, requalifiant le risque, disqualifiant l’alerte — et l’AFPS comme hub opérationnel — routinisant la relation aux collectivités, sélectionnant les partenaires, assurant la continuité des flux. Cette combinaison ne constitue pas une preuve pénale en elle-même ; elle fonde cependant une imputabilité politique : la connaissance est suffisante, la répétition est documentée, et l’effet systémique est intelligible. Ce constat impose une réponse institutionnelle. Tant que l’État continuera à déléguer des compétences internationales sans en assurer la consolidation stratégique ; tant que des seuils conçus comme garde-fous fonctionneront comme écrans de visibilité ; tant que la vigilance sécuritaire pourra être requalifiée en posture idéologique ; et tant que des opérateurs centraux – politiques et associatifs – occuperont l’espace sans contrepoids, l’architecture demeurera fonctionnelle, exploitable et attractive pour des organisations terroristes rationnelles.

À l’approche des municipales, maintenir l’absence de doctrine consolidée reviendrait à valider, par inertie, une architecture de non-responsabilité. Une réponse d’État est donc requise — non pas pour interdire a priori toute aide, mais pour réintroduire cette capacité à reconstruire la chaîne, à conditionner le flux, et à suspendre en cas d’opacité. À ce stade, l’enjeu n’est plus de débattre de principes, mais d’établir un ordre de marche étatique. La réponse attendue n’est ni une posture morale ni un affrontement partisan : c’est une doctrine de consolidation, de conditionnalité et de vigilance opposable, appliquée aux flux décentralisés en contexte terroriste.

Dans un premier temps — sous sept à quinze jours — il revient au ministère de l’Intérieur et aux préfectures, au titre du contrôle de légalité, d’émettre une doctrine claire encadrant les subventions internationales des collectivités lorsque le théâtre d’intervention est marqué par une souveraineté armée. Cette doctrine doit imposer des clauses minimales de diligence (identification des partenaires finaux, droit d’audit, traçabilité), exiger la transparence des intermédiaires, et prévoir une suspension conservatoire dès lors que ces clauses sont refusées ou rendues inapplicables. Dans un deuxième temps — entre quinze et trente jours — la DGCL, Bercy et TRACFIN doivent mettre en place une consolidation nationale des flux : collectivités, fonds mutualisés, hubs associatifs et partenaires terrain doivent pouvoir être reliés dans une même lecture agrégée. Cette consolidation doit s’accompagner d’une grille de risque opposable, fondée sur des critères simples mais décisifs : zones sous contrainte armée, acteurs nodaux, mutualisations récurrentes, signaux d’opacité et “red flags” de gouvernance. Dans un troisième temps — entre trente et soixante jours — les corps d’inspection compétents (IGF/IGA) ainsi que la Cour des comptes et les chambres régionales doivent engager un audit ciblé, non idéologique et strictement procédural : diligences réellement effectuées par les hubs (dont l’AFPS lorsque celle-ci apparaît comme opérateur central), traçabilité et gouvernance des fonds mutualisés, conformité des conventions, critères de reconduction, et capacité effective de contrôle sur la chaîne jusqu’aux partenaires finaux. Enfin, avant les municipales, il appartient au Parlement de rétablir une responsabilité démocratique par la constitution d’une commission d’enquête portant sur la chaîne complète — décentralisation, mutualisation, intermédiation associative, intervention en environnement sous contrainte armée — et incluant l’analyse des mécanismes de disqualification politique de la vigilance, dès lors que ces mécanismes rendent l’angle mort durable et institutionnellement protégé.

Ce séquencement administratif et parlementaire doit, en parallèle, ouvrir deux volets à instruire formellement. D’une part, un volet juridique : il s’agit d’examiner, sur pièces, faits et critères, si certains acteurs ou structures relèvent de procédures existantes (conditionnalité, suspension, et, le cas échéant, examen au regard des cadres juridiques applicables aux associations lorsque leurs dispositifs ou discours contribuent à la légitimation d’organisations violentes ou à la neutralisation des obligations de vigilance). D’autre part, un volet extérieur : il convient d’anticiper l’exposition de certains acteurs à des restrictions de déplacement ou d’accès à des territoires étrangers en fonction de leurs positions publiques et campagnes, afin d’éviter que la question ne soit traitée dans l’improvisation diplomatique.

L’urgence est politique : à l’approche d’échéances électorales locales, la tentation est grande de reconduire des dispositifs « symboliquement payants » parce qu’ils sont financièrement fragmentés et politiquement protégés. Or c’est précisément cette combinaison – faible visibilité, forte protection – qui fabrique la vulnérabilité. LFI et l’AFPS n’ont pas créé la décentralisation ; elles ont occupé son angle mort. Mais en le stabilisant, elles ont transformé une absence de consolidation en architecture — et une architecture, lorsqu’elle rend la captation prévisible, appelle une réponse d’État fondée non sur l’émotion, mais sur la consolidabilité, la conditionnalité et la responsabilité. Une démocratie n’est pas jugée à la pureté de ses intentions, mais à sa capacité à prévenir des effets prévisibles.

À ce stade, l’inaction n’est plus neutre : elle laisse le champ libre au terrorisme — et à des acteurs politiques et associatifs qui utilisent les libertés démocratiques comme un outil, non comme une valeur. La France ne peut pas être le dindon de la farce. Et les contribuables français encore moins.

© Fundji Benedict, CEO, LVS Foundation. Toute reproduction interdite sans l’autorisation écrite de l’auteure.


Annexes

ANNEXE 1 – Chaîne de circulation des ressources : de la collectivité locale aux organisations terroristes1

Niveau de la chaîneActeur / dispositifFonction officielleRéalité opérationnelle documentée
Niveau 1Collectivités territoriales françaisesSolidarité internationale, humanitaireFourniture de ressources publiques
Niveau 2AFPSInterface associative, plaidoyerSélection, légitimation, cadrage idéologique
Niveau 3Fonds mutualisés (RCDP, CUF)Dépolitisation des fluxDilution de la traçabilité
Niveau 4ONG palestiniennes partenairesDéveloppement, agriculture, socialImbrication documentée avec groupes armés
Niveau 5Organisations armées (ex. Front populaire de libération de la Palestine FPLP, Hamas)Captation directe ou indirecte, taxation, contrôle

ANNEXE 2 — Architecture globale des acteurs (France → territoires palestiniens)



Niveau
ActeurNatureRôle dans l’architectureType de flux
PolitiqueLa France insoumise (LFI)Parti politiqueProtection idéologique, neutralisation du risque terroriste, pression sur élus locauxIndirect
Associatif (hub)AFPSONG militanteIntermédiation, légitimation, sélection des partenairesDirect / indirect
AssociatifUJFPONG militanteRadicalisation discursive, légitimation de la « résistance armée »Indirect
InstitutionnelCollectivités territorialesActeurs publicsSubventions fragmentées, coopération décentraliséeDirect
InstitutionnelAFD / CRIDOpérateurs publicsFinancement indirect via festivals & programmesIndirect
PlateformesRCDP / CUFRéseauxMutualisation et dilution de responsabilitéAgrégé
TerrainONG palestiniennes (UAWC, HWC, Addameer…)ONG localesRéception / redistributionFinal
ArméHamas / FPLPOrganisations terroristesCaptation, taxation, contrôle territorialCaptation

ANNEXE 3 – Collectivités territoriales, affiliations politiques et dispositifs mobilisés2

Région / CollectivitéNature du soutienPrésence / rôle de l’AFPSDispositif financier ou institutionnel/ Montants documentésTraitement du risqueNiveau de connaissance du risque
Ville de Montreuil (93)   Majorité municipale avec forte influence LFIFinancier logistique, symboliqueAFPS locale active, co-organisation d’événementsSubventions municipales, mise à disposition d’infrastructures, événements publics   Subventions récurrentes (montants cumulés documentés)Risque relativisé, requalifié politiquementÉlevé – controverses publiques documentées, alertes connues (affiliations politiques de partenaires palestiniens connues)
Département de la Seine-Saint-Denis   Exécutif de gauche radicale / alliés LFIFinancier indirectAFPS comme relais idéologique, interface de légitimationParticipation indirecte via fonds mutualisés (RCDP / CUF)   Enveloppes agrégées intercollectivitésAcceptation tacite du risqueÉlevé – documentation publique sur captation et détournements, alertes médiatiques, débats publics
Communes d’Île-de-France (plusieurs cas)   Majorités incluant LFI ou alliésLogistique institutionnelAFPS prescripteur idéologique localCoopération décentralisée, subventions associativesNeutralisation discursiveMoyen à élevé. Rapports européens et judiciaires disponibles
Régions participantes au RCDP   Exécutifs pluriels, appui politique LFIFinancier agrégéAFPS comme acteur de normalisation des fluxFonds mutualisés inter-collectivités   ≈ 265 000 € (RCDP – données consolidées)Dilution de responsabilitéConnaissance diffuse mais suffisante du contexte sécuritaire pour anticiper le risque

ANNEXE 4 – Flux financiers documentés (montants & effets de seuil)3

SourceBénéficiaire intermédiaireMontantPériodeParticularité
AFDAFPS153 500 €2017Seuil critique franchi
AFDCRID (Festival des Solidarités)1,6 M€2019–2021Financement indirect AFPS / UJFP
Collectivités localesAFPS (groupes locaux)5 000 – 40 000 €annuelSous seuil
Collectivités (RCDP)Fonds mutualisés≈ 265 700 €cumulDilution
Dons militantsUJFP / Urgence Gazanon publiccontinuOpacité
Cagnottes numériquesIndividus / ONG localesvariablepost-7/10Hors contrôle bancaire

ANNEXE 5 – ONG palestiniennes partenaires & affiliations

ONG palestinienneZoneLien documentéOrganisation armée associée
UAWCJudée SamarieFinancements AFPSFPLP
HWCJudée SamarieFinancements AFPSFPLP
AddameerJudée SamariePartenariats ONG françaisesFPLP
Al-HaqJudée SamarieDirection condamnéeFPLP
Humani’Terre (partenaire)GazaEnquête terrorismeHamas
Collectivité / NiveauOrientation politiqueRôle de l’AFPSDispositifMontants unitairesEffet stratégique
Ville de Montreuil (93)Majorité avec forte présence de La France insoumiseAFPS locale très activeSubventions, événements, logistique10 000–40 000 €/anSous seuil, risque invisibilisé
Département de la Seine-Saint-DenisGauche radicale / alliés LFIRelais idéologiqueFonds mutualisés (RCDP/CUF)< 50 000 €Dilution intercollectivités
Collectivités membres du RCDP (27)Majorités diverses, soutien LFINormalisationFonds agrégé≈ 265 700 € cumulésAucun seuil individuel franchi
Subvention nationale (exception)Opérateur publicAFPS bénéficiaireFinancement direct153 500 €Seuil atteint → alerte

ANNEXE 6 – Rôle fonctionnel AFPS / LFI

ActeurCe qu’il saitCe qu’il faitEffet systémique
LFIAffiliations terroristes connuesDisqualification du cadre terroristeNeutralisation vigilance
AFPSPartenaires & captation connuesSélection & routinisationContinuité des flux
CollectivitésRisques documentésReconduction des subventionsAcceptation implicite
ÉtatAngles morts connusAbsence de consolidationVide exploité
  1. La chaîne met en évidence un phénomène clé : aucun maillon pris isolément ne suffit à caractériser une infraction mais l’ensemble forme une architecture fonctionnelle dans laquelle la captation par de organisations terroristes devient prévisible voire structurellement intégrée. ↩︎
  2. Ce tableau met en évidence une corrélation stable entre engagement territorial durable, présence structurante de l’AFPS, influence idéologique de LFI et niveau de connaissance suffisant pour rendre intenable l’argument de la naïveté. Plus l’engagement est ancien et structuré, plus le niveau de connaissance du contexte est élevé. ↩︎
  3. Les montants individuellement faibles sont structurellement pensés pour rester sous les seuils de déclaration (seuil=153 000 €), empêchant toute lecture consolidée. ↩︎

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