Portugal 2026 : un restaurant israélien ferme sous la haine antisémite – première fermeture forcée en Europe depuis les boycotts nazis des années 1930
Lisbonne, 10 janvier 2026 – Le restaurant Tantura, établissement israélien emblématique du quartier du Bairro Alto à Lisbonne, a servi son dernier repas ce samedi 10 janvier 2026, marquant la fin d’une décennie d’activité. Les propriétaires, le couple de chefs Elad Budenshtiin et Itamar Eliyahu, ont annoncé cette fermeture définitive comme une capitulation face à une campagne soutenue de harcèlement antisémite, de vandalisme, de diffamation en ligne et de boycotts organisés, qui s’est intensifiée depuis octobre 2023.
Dans un communiqué publié sur les réseaux sociaux, les propriétaires ont décrit une réalité devenue intenable : « Au cours des trois dernières années, avec la guerre et l’augmentation alarmante de l’antisémitisme dans le monde, nous avons été confrontés à des graffitis sur les murs du restaurant, à de la diffamation en ligne, à des campagnes hostiles et à un boycott total. Petit à petit, le lieu qui devait être un espace de lien et de joie s’est transformé en une arène de combat quotidien. »
Les actes hostiles ont inclus des tags répétés tels que « Tantura est un massacre » ou « Free Palestine ». Les propriétaires ont toujours insisté sur le fait que le nom du restaurant était inspiré d’une plage israélienne où ils s’étaient rencontrés, sans aucune connotation politique.
La fréquentation a chuté dramatiquement, passant d’environ 120 clients par soir à une vingtaine seulement, rendant l’exploitation impossible. Tantura, ouvert il y a dix ans, était célébré pour sa cuisine méditerranéenne et moyen-orientale en fusion (houmous, falafel, shakshuka, malabi) et constituait une référence gastronomique à Lisbonne.
Cette fermeture forcée a suscité une vive émotion au sein des communautés juives et des organisations internationales de lutte contre l’antisémitisme. Le Congrès juif européen (EJC) a exprimé sa « profonde préoccupation » face à cette « fermeture forcée », déclarant : « Quand l’antisémitisme réduit au silence des moyens de subsistance et efface la présence juive de l’espace public, il doit être reconnu pour ce qu’il est : une discrimination aux conséquences réelles et graves. » Plusieurs voix, dont celles du Combat Antisemitism Movement, ont établi un parallèle direct avec les boycotts organisés des années 1930 en Allemagne nazie.
Aucune recherche historique n’a identifié de cas similaire en Europe depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale : un restaurant juif contraint de fermer définitivement en raison principale d’une campagne antisémite organisée et prolongée dans l’indifférence du parquet.
Des incidents graves (vandalisme, menaces, manifestations) ont existé, notamment en France, en Allemagne ou au Royaume-Uni lors des vagues d’antisémitisme post-2000 ou après le 7 octobre 2023, mais aucun n’a abouti à une fermeture permanente pour ce motif explicite.
Au Portugal, pays qui se targuait depuis des années d’une tolérance historique exemplaire envers les Juifs – symbolisée par la loi de 2015 offrant la nationalité aux descendants des Séfarades expulsés en 1497 comme « réparation » d’une faute ancienne –, l’abrogation brutale de ce régime spécial en 2025 apparaît à beaucoup comme une hypocrisie flagrante. Adoptée dans un contexte de durcissement général de la législation sur la nationalité, cette réforme a purement et simplement supprimé la voie séfarade pour les nouveaux demandeurs, vidant de sa substance l’un des gestes les plus médiatisés de la diplomatie portugaise contemporaine.
Dans ce même Portugal, un autre épisode récent illustre la montée d’un antisémitisme à peine voilé dans certains médias de gauche : en janvier 2024, le site esquerda[.]neey, proche du parti Bloco de Esquerda, publiait un article intitulé « Capital israelita aumenta pressão imobiliária no Porto (le capital israélite augmente la pression immobilière à Porto) », qui listait noms, entreprises et projets d’investisseurs israéliens dans l’immobilier de luxe à Porto, les présentant comme un facteur majeur de la hausse des prix du logement tout en citant des pancartes de manifestations aux slogans explicites comme « Não queremos ser inquilinos de sionistas assassinos (nous ne voulons pas être les locataires des assassins sionistes) » ou « Fora o capital sionista ». Cette focalisation exclusive sur le « capital israelita » et « sionista », sans comparaison équivalente avec d’autres investisseurs étrangers, a été dénoncée comme antisémite par la Communauté israélite du Porto, qui a porté plainte pour discrimination et incitation à la haine. L’article reste en ligne sans rectification notable.
Au moment où un restaurant israélien est contraint de fermer à Lisbonne sous la pression d’actes antisémites organisés – premier cas documenté de ce type en Europe depuis 1945 –, ces deux événements (abrogation de la voie séfarade et affaire esquerda net) renvoient l’image d’un pays qui efface progressivement les symboles de son prétendu philosémitisme tout en tolérant une hostilité croissante envers les Juifs et les Israéliens sur son sol. Pour les communautés juives, ce revirement législatif et cette impunité médiatique, combinés à l’affaire Tantura, sonnent comme un signal inquiétant : la tolérance portugaise, longtemps vantée, semble céder le pas à une indifférence qui frise la connivence.
© David Nataf pour Israel247.org
