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Shlomo Sand ou le mal d’être juif… par Thérèse Zrihen-Dvir

26 Mai 2026
Shlomo Sand ou le mal d’être juif… par Thérèse Zrihen-Dvir

Extract du l’œuvre « comment j’ai cessé d’être juif »  par Shlomo Sand,

« Au cours de la première moitié du XXe siècle, mon père a abandonné l’école talmudique, a cessé définitivement de fréquenter la synagogue et exprimait régulièrement son aversion pour les rabbins. À ce stade de ma propre vie, en ce début de XXIe siècle, je ressens à mon tour l’obligation morale de rompre définitivement avec le judéo-centrisme tribal. Je suis aujourd’hui pleinement conscient de n’avoir jamais été un Juif véritablement laïc (oxymore), comprenant qu’une telle caractéristique imaginaire est dépourvue de tout fondement spécifique ou de toute perspective culturelle, et que son existence repose sur une vision creuse et ethnocentrique du monde.

Auparavant, je croyais à tort que la culture yiddish de la famille dans laquelle j’ai grandi était l’incarnation de la culture juive. Un peu plus tard, inspiré par Bernard Lazare, Mordechai Anielewicz, Marcel Rayman et Marek Edelman – qui ont tous combattu l’antisémitisme, le nazisme et le stalinisme sans adopter une vision ethnocentrique, je me suis identifié comme faisant partie d’une minorité opprimée et rejetée. En compagnie, pour ainsi dire, du leader socialiste Léon Blum, du poète Julian Tuwim et de bien d’autres, je suis resté obstinément un Juif ayant accepté cette identité en raison des persécutions et des meurtriers, des crimes et de leurs victimes.

Maintenant que j’ai pris douloureusement conscience d’avoir été rattaché à Israël, assimilé par la loi à une ethnie fictive composée de persécuteurs et de leurs partisans, et que je me suis présenté au monde comme faisant partie du club exclusif des élus et de leurs acolytes, je souhaite démissionner et cesser de me considérer comme juif.

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Bien que l’État d’Israël ne soit pas disposé à transformer ma nationalité officielle de « juif » en « israélien », j’ose espérer que les philosémites bienveillants, les sionistes engagés et les antisionistes exaltés, tous si souvent nourris de conceptions essentialistes, respecteront mon souhait et cesseront de me cataloguer comme juif. En réalité, ce qu’ils pensent m’importe peu, et encore moins ce qu’en pensent les idiots antisémites qui restent. À la lumière des tragédies historiques du XXe siècle, je suis déterminé à ne plus faire partie d’une petite minorité au sein d’un club exclusif auquel d’autres n’ont ni la possibilité ni les qualifications d’adhérer.

En tant qu’historien de l’époque moderne, j’avance l’hypothèse que la distance culturelle entre mon arrière-petit-fils et moi sera aussi grande, voire plus grande, que celle qui me sépare de mon propre arrière-grand-père. Tant mieux ! J’ai le malheur de vivre aujourd’hui parmi trop de gens qui croient que leurs descendants leur ressembleront en tout point, car pour eux, les peuples sont éternels – a fortiori un peuple-race tel que les Juifs.

Je suis conscient de vivre dans l’une des sociétés les plus racistes du monde occidental. Le racisme est présent à des degrés divers partout, mais en Israël, il est profondément ancré dans l’esprit même des lois. Il est enseigné dans les écoles et les universités, diffusé dans les médias, et surtout, ce qui est le plus effrayant, en Israël, les racistes ne savent pas ce qu’ils font et, de ce fait, ne se sentent nullement obligés de s’excuser. Cette absence de besoin de se justifier a fait d’Israël une référence particulièrement prisée pour de nombreux mouvements d’extrême droite à travers le monde, mouvements dont l’histoire passée d’antisémitisme n’est que trop bien connue.

Vivre dans une telle société m’est devenu de plus en plus intolérable, mais je dois aussi admettre qu’il n’est pas moins difficile de m’établir ailleurs. Je fais moi-même partie de la production culturelle, linguistique et même conceptuelle de l’entreprise sioniste, et je ne peux pas revenir en arrière. Par ma vie quotidienne et ma culture de base, je suis Israélien. Je n’en suis pas particulièrement fier, tout comme je n’ai aucune raison d’être fier d’être un homme aux yeux bruns et de taille moyenne. J’ai même souvent honte d’Israël, en particulier lorsque je suis témoin de sa cruelle colonisation militaire, avec ses victimes faibles et sans défense qui ne font pas partie du « peuple élu ».

En refusant d’être juif, je représente une espèce en voie de disparition. Je sais qu’en insistant sur le fait que seul mon passé historique était juif, alors que mon présent quotidien (pour le meilleur ou pour le pire) est israélien, et enfin que mon avenir et celui de mes enfants (du moins l’avenir que je souhaite) doivent être guidés par des principes universels, ouverts et généreux, je vais à contre-courant de la mode dominante, orientée vers l’ethnocentrisme.

Plus tôt dans ma vie, j’ai nourri un rêve utopique éphémère : celui qu’un Israélien palestinien se sente aussi chez lui à Tel-Aviv qu’un Juif américain à New York. Je me suis battu pour que la vie quotidienne d’un Israélien musulman à Jérusalem soit similaire à celle d’un Juif français vivant à Paris. Je voulais que les enfants israéliens issus d’immigrés africains chrétiens soient traités comme le sont à Londres les enfants britanniques d’immigrés du sous-continent indien. J’espérais de tout mon cœur que tous les enfants israéliens seraient scolarisés ensemble dans les mêmes écoles. Aujourd’hui, je sais que mon rêve est outrageusement exigeant, que mes revendications sont exagérées et impertinentes, que le simple fait de les formuler est considéré par les sionistes et leurs partisans comme une attaque contre le caractère juif de l’État d’Israël, et donc comme de l’antisémitisme.

Cependant, aussi étrange que cela puisse paraître, et contrairement au caractère figé de l’identité juive laïque, le fait de considérer l’identité israélienne comme politico-culturelle plutôt qu’« ethnique » semble offrir la possibilité de parvenir à une identité ouverte et inclusive. Selon la loi, en effet, il est possible d’être citoyen israélien sans être un Juif « ethnique » laïc, de participer à sa « supra-culture » tout en préservant sa « infra-culture », de parler la langue hégémonique et de cultiver en parallèle une autre langue, de maintenir des modes de vie variés et d’en fusionner différents. Pour consolider ce potentiel politique républicain, il faudrait bien sûr avoir depuis longtemps abandonné l’hermétisme tribal, apprendre à respecter l’Autre et à l’accueillir comme un égal, et modifier les lois constitutionnelles d’Israël pour les rendre compatibles avec les principes démocratiques.

Mais surtout, si cela a été momentanément oublié : avant de proposer des idées pour changer la politique identitaire d’Israël, nous devons d’abord nous libérer de cette occupation maudite et interminable qui nous mène tout droit en enfer. En effet, notre relation avec ceux qui sont des citoyens de seconde zone en Israël est inextricablement liée à notre relation avec ceux qui vivent dans une immense détresse au bas de la chaîne de l’opération de sauvetage sioniste. Cette population opprimée, qui vit sous l’occupation depuis près de 50 ans, privée de ses droits politiques et civils, sur une terre que « l’État des Juifs » considère sa propre cause, reste abandonnée et ignorée par la politique internationale. Je reconnais aujourd’hui que mon rêve d’une fin de l’occupation et de la création d’une confédération entre deux républiques, israélienne et palestinienne, était une chimère qui sous-estimait l’équilibre des forces entre les deux parties.

Il semble de plus en plus qu’il soit déjà trop tard ; tout semble déjà perdu, et toute approche sérieuse d’une solution politique est dans l’impasse. Israël s’est habitué à cela et est incapable de se défaire de sa domination coloniale sur un autre peuple. Le monde extérieur, malheureusement, ne fait pas non plus ce qu’il faut. Ses remords et sa mauvaise conscience l’empêchent de convaincre Israël de se retirer aux frontières de 1948. Israël n’est pas non plus prêt à annexer officiellement les territoires occupés, car il devrait alors accorder une citoyenneté égale à la population occupée et, de ce simple fait, se transformer en un État binational. C’est un peu comme le serpent mythologique qui a avalé une proie trop grosse, mais préfère s’étouffer plutôt que de l’abandonner.

Cela signifie-t-il que moi aussi, je dois abandonner tout espoir ? Je vis dans une profonde contradiction. Je me sens comme un exilé face à l’ethnicisation juive croissante qui m’entoure, alors que la langue dans laquelle je parle, j’écris et je rêve est majoritairement l’hébreu. Lorsque je me trouve à l’étranger, je ressens de la nostalgie pour cette langue, vecteur de mes émotions et de mes pensées.

Quand je suis loin d’Israël, je revois le coin de ma rue à Tel-Aviv et j’attends avec impatience le moment où je pourrai y retourner. Je ne vais pas à la synagogue pour apaiser cette nostalgie, car on y prie dans une langue qui n’est pas la mienne, et les gens que j’y rencontre n’ont absolument aucun intérêt à comprendre ce que signifie pour moi le fait d’être Israélien.

À Londres, ce sont les universités et leurs étudiants des deux sexes, et non les écoles talmudiques (où il n’y a pas d’étudiantes), qui me rappellent le campus où je travaille. À New York, ce sont les cafés de Manhattan, et non les enclaves de Brooklyn, qui m’attirent et m’interpellent, comme ceux de Tel-Aviv. Et lorsque je visite les librairies bondées de Paris, ce qui me vient à l’esprit, c’est la semaine du livre hébreu organisée chaque année en Israël, et non la littérature sacrée de mes ancêtres.

Mon profond attachement à ce lieu ne fait qu’alimenter le pessimisme que j’éprouve à son égard. Je sombre donc souvent dans le découragement face au présent et la crainte de l’avenir. Je suis fatigué et j’ai le sentiment que les dernières feuilles de la raison tombent de notre arbre de l’action politique, nous laissant stériles face aux caprices des sorciers somnambules de la tribu. Mais je ne peux me permettre d’être complètement fataliste. J’ose croire que si l’humanité a réussi à sortir du XXe siècle sans guerre nucléaire, tout est possible, même au Moyen-Orient. Nous devrions nous souvenir des paroles de Theodor Herzl, le rêveur à qui je dois le fait d’être Israélien : « Si vous le voulez, ce n’est pas une légende. »

En tant que descendant de ces persécutés qui sont sortis de l’enfer européen des années 1940 sans avoir renoncé à l’espoir d’une vie meilleure, je n’ai pas reçu l’autorisation de l’archange effrayé de l’Histoire de baisser les bras et de sombrer dans le désespoir. C’est pourquoi, pour hâter l’avènement d’un avenir différent, et quoi qu’en disent mes détracteurs, je continuerai d’écrire.

Fin de citation

Ce syndrome couvre en principe la majorité des juifs assimilés venus principalement de l’est de l’Europe. Avec la création de l’État d’Israël, après la Shoah, la nécessité immédiate d’un abri sécuritaire pour échapper à la traque nazie surpassait toute autre considération raciale, ethnique, religieuse… Le juif de l’Europe de l’est avait depuis longtemps et inconsciemment cessé d’être juif… Il fuyait, et le temps lui faisait défaut en vue de s’appliquer ou de considérer la profondeur de sa foi, de sa religion ou de ce qu’il lui en restait.

C’est vraiment le cas de Shlomo Sand. Être juif lui avait été imposé, peu importe par qui et comment, il l’a reçu en héritage. Un héritage encombrant, préjudiciable, dérangeant, dont il ne voulait guère… Dans son aveu et souhait d’être israélien sans aucune mention de sa foi, il omettait l’objectif principal et légitimité de la création d’un État juif. Dans la mêlée, sans l’adornement du judaïsme, un État non juif n’a aucune raison d’exister, et cesserait d’exister pour rejoindre la lignée en pleine élaboration du progressisme et ses compléments …

Contrairement aux juifs sépharades qui avaient préféré la ségrégation à l’assimilation, le droit d’être juif et de se préserver comme tel, ces pensées ne les avaient jamais effleurés. Ceux qui avaient des hésitations ou avaient choisi une liberté partiale ou totale, ont de facto, émigré vers les USA, l’Europe, l’Australie, nonobstant leurs craintes.

Ils sont devenus des caméléons, ont changé de nom et se sont comportés comme des laïcs/athées. Voir mon œuvre « le défi d’être Juif ».

Ces deux courants allaient pas à pas se retrouver face à face, en Israël, l’un absent de toute foi, de toute croyance, et l’autre accroché à ses racines, à son passé, au miracle de la résurrection du pays de ses ancêtres.

Ainsi nous verrons Sand nier l’existence d’un peuple juif « Comment le peuple juif fut inventé » Nier l’existence d’une terre juive, « Comment la terre d’Israël fut inventée », « Comment j’ai cessé d’être juif », en passant par « Une race imaginaire – Courte histoire de la judéophobie »

En principe c’est une lutte acharnée contre le judaïsme qu’il reniera finalement.

Il faut aussi souligner que les travaux de Shlomo Sand sont largement contestés par d’autres historiens et archéologues (tels que Israel Bartal ou Anita Shapira). Ses pairs lui reprochent souvent :

Des erreurs méthodologiques.

Une sélection biaisée des sources historiques.

Une approche plus idéologique et militante que purement scientifique.

Sand a affirmé en 2013 avoir décidé d’« arrêter d’être juif ». Tout en se sentant israélien, il souhaite qu’Israël devienne une République, c’est-à-dire l’État de tous ses citoyens, et non l’État de tous les Juifs du monde. Ces prises de positions lui ont amené la critique d’une partie du monde juif, et Moshe Sluhovsky, professeur de l’université hébraïque de Jérusalem a affirmé que Sand avait « également cessé d’être historien ».

Une analyse psychologique et comportemental révèle : La névrose de l’iconoclaste : la peur de l’illusion : Sur le plan du caractère, le profil de Sand s’apparente à celui de l’iconoclaste radical. Psychologiquement, cet instinct est souvent guidé par une angoisse profonde de la duperie ou de la manipulation. Pour ce type de personnalité, accepter un mythe ou une croyance collective est perçu comme une soumission naïve ou une perte de contrôle intellectuel. Détruire l’idole ou le récit national devient un mécanisme de défense pour préserver son autonomie psychique. Il préfère le vide inconfortable d’une vérité brute à la sécurité d’une illusion collective.

Le syndrome du « survivant » et le rejet de l’héritage :Né en 1946 de parents juifs polonais rescapés de la Shoah et profondément communistes, Sand a grandi dans un environnement marqué par le trauma et le rejet des structures traditionnelles (son père a rejeté la religion). Psychologie du transfuge : Le fait de s’attaquer aux fondements de l’identité de son propre groupe (jusqu’à déclarer publiquement qu’il « cesse d’être juif ») s’explique psychologiquement par un refus viscéral de porter le poids d’un héritage mémoriel traumatique.

Pour ne pas être écrasé par le statut de victime historique lié à ses origines, son psychisme opère un retournement : il devient le critique implacable de son propre camp. C’est une manière de reprendre le pouvoir sur l’histoire familiale et collective. L’enchaînement de ses œuvres (Comment le peuple juif fut inventé, Comment la terre d’Israël fut inventée, Comment j’ai cessé d’être juif) montre une compulsion de répétition sous forme de ruptures successives. Ce besoin de pousser la logique jusqu’au bout, quitte à s’isoler socialement ou académiquement de ses pairs, relève d’un trait de caractère rigide et entier. Il y a chez lui une incapacité psychologique à tolérer le compromis ou l’ambiguïté affective (aimer son pays tout en acceptant ses zones d’ombre). Pour lui, la seule façon de traiter le conflit intérieur est la séparation radicale.L’intellectuel qui adopte une posture de destruction des consensus tire une gratification narcissique de sa marginalité. Se positionner « seul contre tous » (ou contre la majorité de son groupe) alimente le complexe de la posture prophétique ou du martyr intellectuel. L’instinct destructeur devient alors une composante du moi idéal : la certitude d’avoir le courage psychologique de voir ce que les autres refusent de voir, ce qui confère une haute estime de soi intellectuelle, souvent imperméable à la critique extérieure. En somme, cet instinct destructeur révèle un caractère forgé par le rejet de l’aliénation collective, une intolérance psychologique à l’illusion, et un besoin vital de rupture pour exister en tant qu’individu pleinement autonome face au poids de l’histoire et du groupe.

En fait, il est très aisé d’entrevoir la psychologie derrière ces reniements, ces déformations, cette manière d’effacer des lambeaux d’histoire et d’essayer de remodeler un cadre, une ambiance qui conviendraient mieux aux aspirations de l’enfant gâté, fielleux derrière l’effigie de l’écrivain/historien.

En outre, Sand veut creuser sa place au sein de l’élite européenne qu’il côtoie et envie. Se sentait-il diminué à cause de sa judéité bien qu’inexistante ?  Ou alors s’est-il servi du saccage du Judaïsme en créant une polémique dévastatrice pour gagner des bribes de notoriété, de reconnaissance ? ou comme le disait parfois Salvador Dali, « on peut gagner de la pub/popularité en paradant sur Les champs Élysées vêtu d’une armure avec une casserole en guise de couvre-chef ! » Tous les moyens sont bons pour attirer les regards, l’attention du public et se faire connaître. Mais à quel prix ?

Sur les décombres du judaïsme et du peuple juif, Sand se tourne vers l’aspect humanitaire en adoptant le parti palestinien… Qu’a-t-il fait des six millions de juifs assassinés dans d’atroces souffrances et famine des ghettos, des chambres à gaz ? Éclipsés par les « malheureux arabes de Palestine » pour lesquels il se découvre, une empathie bien incongrue, ou alors un besoin de révéler un humanisme bien singulier et unilatéral.

© Thérèse Zrihen-Dvir

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