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L’engrenage libanais : quand la cause palestinienne sert l’égémonie iranienne

02 Juin 2026
L’engrenage libanais : quand la cause palestinienne sert l’égémonie iranienne

La Prétendue Cause Palestinienne est le trait d’union historique et idéologique de toutes les tensions dans la région.

Quadrilatère géopolitique complexe marqué par une imbrication historique de conflits armés, de crises humanitaires et d’alliances stratégiques.

En mai 2026, les tensions régionales se sont traduites par une guerre ouverte entre Israël et le Hezbollah libanais. Une question légitime se pose alors : pourquoi épargner le Liban ? Indépendamment du gouvernement de Beyrouth, le « satellite » Hezbollah a déclenché une offensive coordonnée avec le Hamas palestinien dès le 7 octobre 2023. Israël s’est ainsi vu contraint de mener un combat sur plusieurs fronts, face aux milices du Hamas, du Jihad islamique, du Hezbollah, des factions armées de Judée-Samarie, et des Houthis du Yémen.

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Rappelons qu’en dépit de la complexité de ces opérations militaires — menées simultanément dans la bande de Gaza et sur les autres théâtres d’opérations —, l’État hébreu a également dû faire face à un risque de déstabilisation interne, marqué par les contestations massives des mouvements dits « Kaplanistes ».

Le Liban, État souverain mais profondément fragilisé, se retrouve ainsi pris en étau entre son refus d’une tutelle israélienne et l’incapacité de ses institutions à contrôler le Hezbollah sur son propre territoire.

À la suite d’une reprise majeure des hostilités en mars 2026, le pays subit une offensive israélienne de grande envergure. D’un côté, les frappes aériennes et les opérations au sol au Sud-Liban provoquent de lourdes pertes humaines dans les deux camps, et le déplacement massif de plus de 1,2 million de Libanais. De l’autre, les habitants du nord d’Israël subissent une pluie ininterrompue de roquettes : les villes, villages et kibboutzim de la région font face quotidiennement à une avalanche d’engins explosifs, y figeant toute forme d’existence.

Dans ce chaos, l’armée libanaise régulière reste en marge des combats. Une attitude qui ne surprend guère, étant donné qu’une part importante de ses troupes est de confession chiite, et donc sensible aux influences du Hezbollah et de l’Iran. Les institutions officielles du pays, aujourd’hui dirigées par le président Joseph Aoun, subissent de plein fouet les conséquences de décisions militaires unilatérales prises par la milice chiite. En se comportant comme un véritable État dans l’État, cette puissance paramilitaire a de facto annihilé la souveraineté libanaise.

Fondé en 1982 avec le soutien direct de Téhéran, le Hezbollah combine le rôle de parti politique libanais et de force armée surpuissante. Pour l’Iran, la cause palestinienne n’a été qu’un tremplin commode afin d’étendre ses ramifications au Moyen-Orient — de la Syrie à l’Irak, jusqu’au Yémen —, un projet hégémonique qui semble n’en être qu’à ses débuts. Face à cette avancée, l’unique et infranchissable barrière demeure l’État d’Israël, ce qui explique les menaces d’anéantissement répétées par le régime des Mollahs et ses différents proxys.

Cette situation met en lumière le « double jeu » historique du Liban qui, à l’origine, partageait la rhétorique commune des États arabes visant la destruction d’Israël. Le pays paie aujourd’hui le prix d’avoir offert l’asile à Yasser Arafat et à ses milices, après que ces derniers eurent été chassés de Jordanie à la suite d’une tentative avortée de renverser le roi Hussein lors des événements de Septembre noir (faisant suite à la bataille de Karameh).

L’arrivée soudaine de ces quelque 200 000 réfugiés palestiniens au Liban, répartis dans des camps tels que celui de Burj al-Shamali près de Tyr, a suscité une vive solidarité parmi les musulmans libanais. Cependant, au Liban comme ailleurs dans le monde arabe, ces réfugiés ne jouissent pas de la plénitude des droits civiques. Cette situation, jugée inhumaine et arbitraire, est en réalité délibérée. D’une part, elle sert le jeu stratégique de l’Iran, qui utilise ces populations comme des pions pour s’implanter durablement au Liban. D’autre part, le refus d’intégrer les Palestiniens et de leur accorder l’égalité des droits répond à une logique géopolitique régionale : leur maintien dans ce statut précaire est utilisé par les pays arabes comme un levier humanitaire et politique contre Israël. Cette stratégie vise à alimenter, auprès de l’Occident et de l’ONU, une hostilité persistante envers l’État juif.

Cette instrumentalisation iranienne a toutefois trouvé ses limites lors du « Printemps arabe ». Le soulèvement des Palestiniens de Syrie contre Bachar al-Assad s’est soldé par leur incarcération et leur élimination brutale par les forces iraniennes sur le sol syrien. Par cette répression, Téhéran a démontré le caractère purement opportuniste de son soutien à la cause palestinienne.

Au-delà de ces manœuvres, l’histoire montre que la présence des réfugiés palestiniens a régulièrement été un facteur d’instabilité pour les pays hôtes, qu’il s’agisse du Koweït, de l’Irak, de la Jordanie, du Liban ou de la Syrie. Le sort réel de ces populations importe peu aux régimes arabes. Malgré une haine latente à leur égard, ils continuent d’exploiter la situation des Palestiniens pour servir des projets criminels ciblant Israël.

Aujourd’hui, face à la crise, le Liban cherche avant tout à s’épargner un coup d’État ou une nouvelle guerre civile. Beyrouth voit ainsi d’un œil favorable l’intensification des frappes israéliennes visant à écraser le Hezbollah. L’objectif de ces opérations est d’éloigner les forces d’élite Radwan au nord du fleuve Litani pour sécuriser le nord d’Israël et créer une zone tampon entre le Liban et Israël.

En ciblant les bastions de la milice au Sud-Liban, dans la plaine de la Békaa et dans la banlieue sud de Beyrouth, Israël s’attaque à une organisation qui s’est imposée comme un véritable État dans l’État, dictant l’agenda militaire du pays au détriment d’une coexistence interne forcée.

Le Liban porte une responsabilité historique dans cette situation. Rien n’est le fruit du hasard : guidé par la volonté d’anéantir Israël, le pays a successivement accepté l’installation des milices palestiniennes, des factions chiites et l’ingérence de l’Iran à ses frontières. Ce calcul s’est retourné contre ses auteurs, à l’image du régime de Bachar al-Assad, contraint de réprimer les Palestiniens qu’il hébergeait une fois que ces derniers se sont soulevés. Au cours de ces conflits internes, l’Iran a d’ailleurs éliminé un nombre de Palestiniens bien supérieur à celui des confrontations avec Israël.

Désormais, le Liban subit la guerre mais ne la mène pas. Son armée régulière n’a ni les moyens de s’interposer face à Tsahal, ni la capacité de désarmer de force le Hezbollah sans provoquer un embrasement intercommunautaire.

Dans ce chaos, la présence des réfugiés palestiniens demeure une source permanente de tensions. Le mouvement chiite, quant à lui, est loin de faire l’unanimité : les communautés chrétiennes, sunnites et druzes refusent massivement que l’avenir et la sécurité du Liban restent otages des intérêts de Téhéran et de son proxy.

Qu’adviendra-t-il du Liban ?

L’image que l’on peut logiquement esquisser s’avère sombre. Le spectre d’une guerre civile plane inévitablement sur le pays, que ses dirigeants le veuillent ou non, bien qu’Israël ait jusqu’à présent assumé la lourde tâche de neutraliser la menace militaire sur le terrain. L’influence de Téhéran, quant à elle, semble trop profondément ancrée pour s’effacer d’elle-même ; elle ne se dissoudra véritablement que lorsque le régime des Mollahs aura vécu ses derniers jours.

À l’heure actuelle, l’imbroglio géopolitique semble inextricable. Les récentes interventions du président américain Donald Trump, oscillant entre pressions diplomatiques et négociations de cessez-le-feu, introduisent une forte dose d’incertitude dans la région. Les relations traditionnellement harmonieuses entre Benjamin Netanyahou et la Maison-Blanche risquent désormais de bifurquer, alors que Washington cherche une issue rapide tandis qu’Israël fait face à des impératifs de sécurité existentiels et non négociables.

© Thérèse Zrihen-Dvir

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