Quand trois universités belges décernent leur plus haute distinction à une figure de l’antisémitisme onusien
En Belgique, l’Université d’Anvers (UAntwerp), l’Université de Gand (UGent) et la Vrije Universiteit Brussel (VUB) se sont longtemps prévalues de former des esprits critiques, attachés à l’examen des faits, à la pluralité des interprétations et à la discipline des preuves. C’est précisément au nom de cette exigence que la décision de décerner conjointement le 2 avril 2026 un doctorat honoris causa à Francesca Albanese, rapporteuse spéciale des Nations unies pour les droits humains dans ce que le mandat onusien intitule les « territoires palestiniens occupés », appelle une interrogation de fond. Un tel titre ne consiste pas à “ouvrir un débat” : il opère une consécration, il confère un surcroît d’autorité, et il engage l’institution qui l’accorde, non seulement sur une personne, mais sur un certain régime de discours.
Il n’est pas question, ici, d’interdire la critique d’Israël. Dans une démocratie, la critique est légitime, nécessaire, et parfois salutaire. La question est plus stricte : quelle conception du savoir et de la rigueur ces universités donnent-elles à voir lorsqu’elles transforment en étendard académique une figure dont l’action publique est, depuis des mois, synonyme de polarisation extrême, d’énoncés contestés et d’une réduction systématique du conflit à une scénographie accusatoire univoque ?
Le geste n’est pas neutre : un doctorat honoris causa n’est pas une « invitation au débat » mais un acte de consécration. Il transfère vers une personne une part du capital symbolique de l’université et, par ricochet, accrédite une certaine grammaire morale du réel. Ici, il accrédite une figure devenue — par la radicalité de ses qualifications, la répétition de schèmes accusatoires, et l’effacement méthodique du terrorisme comme donnée structurante du conflit — l’un des vecteurs les plus visibles de la judiciarisation militante visant Israël dans l’espace public occidental. tout le moins, susciter la prudence de toute institution soucieuse de son intégrité intellectuelle.
En Belgique, on ne se contente donc plus de boycotter les institutions israéliennes au nom d’une vertu proclamée : on couronne, en grande pompe, une Rapporteuse spéciale dont le mandat fait l’objet d’une contestation croissante au sein même du champ juridique international, qui doit prochainement comparaître devant un tribunal, et qu’Israël a déclarée persona non grata en raison de son soutien présumé au Hamas. Et c’est dans cette même ville d’Anvers, dont la mémoire demeure hantée par l’anéantissement de sa communauté juive, que l’on s’apprête à célébrer, sous les ors du Queen Elisabeth Hall, cette nouvelle icône de la justice globale — saluée par trois établissements qui semblent avoir délibérément choisi d’ignorer un faisceau d’éléments pour le moins troublants.
Portrait d’une lauréate : fréquentations, réseaux et accusations
Avant même d’examiner le contexte universitaire belge, il convient de dresser un portrait plus complet de celle que ces trois institutions ont choisi d’honorer. Francesca Albanese n’est pas seulement une fonctionnaire onusienne controversée : elle s’inscrit dans un réseau de sociabilités et de solidarités dont la cartographie révèle une proximité assumée avec les franges les plus radicales du mouvement pro-palestinien.

On sait désormais qu’elle a été photographiée en compagnie de Naledi Pandor, l’ancienne ministre sud-africaine des Affaires étrangères, figure de proue de la diplomatie anti-israélienne et architecte de la plainte déposée par Pretoria contre Israël devant la Cour internationale de Justice (CIJ). On la retrouve encore aux côtés de Imtiaz Sooliman, dirigeant de Gift of the Givers, organisation humanitaire sud-africaine dont les ramifications et les positionnements politiques alimentent régulièrement la controverse.
Son époux, Massimiliano Calì, n’est pas davantage étranger à cet écosystème : économiste à la Banque mondiale, il incarne cette zone grise où le capital d’autorité des grandes institutions technocratiques se trouve happé par des dynamiques militantes, au point que ses interventions extra-professionnelles ont été publiquement mises en cause — UN Watch ayant saisi la Banque mondiale par une plainte l’accusant de publications répétées justifiant la violence terroriste et recyclant des tropes antisémites. Ces proximités ne sont pas anecdotiques : elles dessinent les contours d’une sphère où gravitent, dans une promiscuité assumée, des figures liées au Hamas, au Front populaire de libération de la Palestine (FPLP) — organisation classée terroriste par l’Union européenne — et à des réseaux dont les connexions avec le terrorisme sont désormais documentées par plusieurs services de renseignement occidentaux.
À ces fréquentations s’ajoute un élément d’actualité que les trois universités flamandes semblent avoir superbement ignoré : Francesca Albanese fait l’objet d’une action civile aux États-Unis, une plainte ayant été déposée le 8 septembre 2025 devant le United States District Court for the District of Colorado (affaire 1:25-cv-02805), par Christian Friends of Israeli Communities (CFOIC Heartland) et Christians for Israel USA, représentées par le National Jewish Advocacy Center (NJAC), pour notamment diffamation, diffamation commerciale et ingérence délictuelle dans des affaires commerciales. Cette plainte a été signifiée en public à Johannesburg lors d’un événement fin octobre 2025. Sans préjuger de l’issue de cette procédure, le simple fait qu’une Rapporteuse spéciale des Nations unies fasse l’objet d’une action en justice pour des propos tenus dans l’exercice de ses fonctions aurait dû, à tout le moins, inciter les autorités académiques concernées à la retenue. Mais c’est précisément l’inverse qui s’est produit : la controverse semble avoir agi comme un accélérateur de consécration, comme si le conflit judiciaire rehaussait la stature de l’impétrante plutôt qu’il ne l’écornait.
Rappelons également qu’Israël a officiellement déclaré Francesca Albanese persona non grata sur son territoire, une mesure exceptionnelle motivée par ce que les autorités israéliennes qualifient de « soutien caractérisé au Hamas » et de « négation systématique du droit d’Israël à se défendre ». Qu’on approuve ou non cette décision, elle témoigne de la rupture consommée entre cette fonctionnaire et l’État dont elle est censée examiner les pratiques avec objectivité.
Mise en scène de l’« honneur »
Selon les informations émanant de la presse belge et des communiqués officiels des établissements concernés, le doctorat honoris causa sera remis à Francesca Albanese lors d’une cérémonie solennelle au Queen Elisabeth Hall d’Anvers. D’autres personnalités académiques y seront également distinguées, parmi lesquelles des scientifiques de renom et la juriste palestino-américaine Noura Erakat — elle-même connue pour ses positions radicales sur le conflit. L’événement est présenté comme une première historique, attestant du « caractère indéniable » de la contribution d’Albanese aux droits humains et au droit international — justification censée légitimer la dimension exceptionnelle de cette distinction, alors même que son mandat, son impartialité et désormais son intégrité judiciaire font l’objet de contestations multiples.
Dans la tradition universitaire, l’honorariat récompense une œuvre et une méthode, non une posture. Or, l’objet même de la célébration annoncée manifeste une intention de mise en scène morale : l’université se présente comme instance de certification éthique, distribuant des labels de légitimité à des acteurs perçus comme incarnant “la justice” du moment. À ce point, l’université change de fonction. Elle ne se situe plus comme lieu de mise en tension des arguments et d’épreuve des catégories ; elle devient une chambre d’amplification. L’autorité scientifique, qui devrait être un instrument de complexification, est convertie en ressource de mobilisation : l’honorariat cesse d’être un jugement académique pour devenir une proclamation. Le choix d’un tel cadre, associé à un discours emphatique sur le multilatéralisme et la défense des droits fondamentaux, relève d’une stratégie de dramatisation symbolique soigneusement orchestrée. La cérémonie se mue en acte politique à part entière : une réponse ostensible aux critiques occidentales — américaines, britanniques, israéliennes — qui transforme une fonction onusienne controversée en figure quasi héroïque de la résistance juridique. On assiste ainsi à une forme de théâtre moral où ces institutions académiques, loin de problématiser les usages militants du droit international, s’érigent elles-mêmes en tribunal de substitution, distribuant des certificats de vertu à quiconque incarne avec le plus d’éclat la cause du moment — fût-elle entachée de compromissions avec des organisations terroristes.
Le mandat onusien dont Francesca Albanese est titulaire s’inscrit dans un lexique stabilisé — “territoires palestiniens occupés” — qui, dans l’espace public occidental, ne fonctionne plus comme catégorie descriptive, mais comme opérateur de disqualification. Le terme “occupation”, loin d’être neutre, tend à enclencher une chaîne argumentative devenue quasi automatique : occupation, colonialisme, apartheid, génocide, illégitimité. Cette succession n’est pas un raisonnement ; c’est une grammaire militante, dont la fonction est de produire une évidence morale immédiate, sans discussion des prémisses ni des conditions d’application des catégories. Or, la réalité juridique et historique est plus disputée qu’on ne le dit. La qualification n’est pas unanimement acceptée dans sa portée maximaliste, et Israël — comme une partie de la doctrine — soutient qu’il s’agit de territoires disputés relevant d’un statut final non tranché, dont la lecture ne peut être réduite à un schéma colonial classique. Il ne s’agit pas d’imposer une vérité officielle, mais de rappeler une exigence universitaire élémentaire : une institution savante ne devrait pas canoniser une lecture unique en effaçant, par avance, la controverse qui l’entoure.
Le cœur du problème n’est donc pas la sympathie pour les Palestiniens, ni la compassion pour les civils, ni même la sévérité à l’égard d’Israël : c’est l’usage d’un vocabulaire juridique comme arme rhétorique, substituant l’axiome à l’analyse, l’excommunication à la démonstration.
Antisémitisme contemporain et “exception juive” : la ligne rouge que l’université ne peut relativiser
Le conflit israélo-palestinien est devenu, dans une partie de l’Occident, un théâtre privilégié de projection morale. Or c’est précisément dans ce théâtre que l’antisémitisme se recompose, se camoufle et se normalise. Il ne se donne plus seulement comme haine frontale des Juifs : il se manifeste aussi comme tolérance à des tropes anciens dès lors qu’ils sont recyclés contre Israël, comme indulgence envers des ambiguïtés qui seraient jugées inacceptables si elles visaient n’importe quel autre groupe, et comme tendance à excuser — ou à recontextualiser jusqu’à l’effacement — la violence antisémite lorsque les victimes sont juives.
Dans ce cadre, les polémiques entourant certaines prises de parole de Francesca Albanese après le 7 octobre 2023 ont une signification particulière. Quand le massacre de civils, les violences de masse et les prises d’otages sont requalifiés en simple “réaction” à un contexte politique, la question n’est pas seulement géopolitique : elle est épistémique et morale. Le langage devient un dispositif de neutralisation. La causalité est invoquée non pour expliquer, mais pour absoudre ; la contextualisation sert de dissolvant à la responsabilité ; et l’antisémitisme, quand il surgit, est relégué au rang d’effet secondaire ou d’accident d’interprétation. Pour une institution académique, ce n’est pas un détail. Honorer une personnalité exposée à ce type de controverses, sans afficher la moindre prudence, revient à instituer un standard implicite : la sensibilité juive, la mémoire juive, l’alerte juive — en particulier en Europe — seraient des variables d’ajustement, des “ressentis”, non des indicateurs rationnels de dérives idéologiques. On objectera que la controverse n’est pas une preuve. C’est exact : une action judiciaire ou une sanction ne vaut pas condamnation intellectuelle. Mais une université n’est pas tenue d’ignorer les signaux rouges au nom d’une posture de bravoure. Quand une personnalité fait l’objet de contentieux publics fortement médiatisés et de ruptures politiques assumées, la question de la diligence institutionnelle se pose. En l’espèce, la figure honorée n’est pas simplement discutée : elle est devenue un point de cristallisation international, au point que certains États ont publiquement rompu avec elle, et qu’Israël lui a interdit l’accès à son territoire dans un contexte de conflit ouvert.
Ce n’est pas ici le lieu de trancher ces litiges. C’est le lieu de rappeler ce que signifie, pour une université, de confondre “controverse” et “mérite”. L’université peut choisir d’inviter une personnalité controversée. Elle ne peut pas, sans se renier, prétendre que l’honorariat est un acte neutre. Il est un acte d’alignement — et il doit être assumé comme tel.
Un écosystème de campus : de la critique politique à l’exclusion normative
Ce geste académique ne surgit pas ex nihilo : il s’inscrit dans un environnement universitaire belge où le conflit est devenu un marqueur identitaire central de la vie universitaire : présence structurée de mouvances pro-palestiniennes, mobilisations, occupations, campagnes de boycott BDS, injonctions à rompre avec Israël comme signe de vertu. La critique d’un gouvernement y glisse souvent vers la stigmatisation d’un État, puis vers la suspicion collective à l’égard de ceux qui s’y attachent — et, par extension, à l’égard des étudiants juifs, sommés de se désolidariser, d’expliquer, de justifier, ou de se taire. Dans certains cas, par la pression des réseaux affiliés à Samidoun, notamment à la VUB comme dans d’autres grandes universités du pays, des étudiants ont occupé des bâtiments pour exiger la rupture des collaborations avec des institutions israéliennes et des entreprises associées à ce qu’ils qualifient d’« apartheid », réclamant un embargo académique et une transparence accrue sur les partenariats jugés problématiques. Le rectorat bruxellois a pris acte de l’ampleur des mobilisations, refusant certes un boycott généralisé, mais mettant en avant l’existence de coopérations avec des institutions palestiniennes — aveu, s’il en fallait, que le conflit israélo-palestinien est devenu un marqueur identitaire central de la vie politique universitaire belge.
Dans ce même espace, la trajectoire de Mohammed Khatib, coordinateur européen de Samidoun, illustre exemplairement la manière dont des réseaux militants se structurent autour de la cause des prisonniers palestiniens, mêlant manifestations, conférences et campagnes transnationales. Samidoun a organisé des événements à Bruxelles et en Wallonie, parfois en présence d’intervenants liés à des organisations classées terroristes par l’Union européenne — ce qui a conduit les autorités belges à désigner Khatib comme « prédicateur de haine » et à engager une procédure de retrait de son statut de réfugié au nom de la sécurité nationale. Si ces initiatives ne sont pas formellement adossées aux trois universités flamandes qui honorent aujourd’hui Francesca Albanese, elles participent néanmoins à la constitution d’un climat politique où la cause palestinienne — y compris dans ses expressions les plus radicales et les plus compromises avec le terrorisme — structure les clivages et exerce une pression normative constante sur les gouvernances académiques.
Le plus préoccupant n’est pas l’existence d’une mobilisation pro-palestinienne : c’est la manière dont l’université, en cédant à des logiques de camp, installe un régime de pression normative. Dans un tel régime, la complexité devient suspecte, la nuance est accusée de complicité, et l’exigence de symétrie morale — condamner sans réserve le terrorisme, reconnaître le droit d’Israël à exister et à se défendre, rappeler la réalité de l’antisémitisme — est traitée comme une entrave au “bon combat”.
Le passé trouble des universités flamandes : une mémoire sélective
Il serait incomplet de ne pas interroger le passé de ces institutions au regard de leur rapport historique à l’antisémitisme. L’Université de Gand, en particulier, porte dans son histoire les stigmates de la période d’occupation nazie : sous le régime allemand, elle fut l’une des rares universités belges à poursuivre ses activités, accueillant des professeurs acquis à la collaboration et participant, fût-ce passivement, à l’exclusion des enseignants et étudiants juifs. Si l’institution a depuis entrepris un travail mémoriel, la question demeure de savoir si les leçons de cette période ont véritablement été intégrées à sa culture institutionnelle.
La Vrije Universiteit Brussel (VUB), fondée sur les principes du libre examen et de la laïcité, n’est pas davantage exempte de controverses récentes. Des incidents à caractère antisémite y ont été signalés ces dernières années, qu’il s’agisse de propos tenus lors de manifestations pro-palestiniennes ou de tensions au sein du corps étudiant. L’université a certes condamné ces dérives, mais la décision d’honorer Francesca Albanese — en dépit du faisceau d’éléments qui auraient dû susciter la vigilance — interroge sur la sincérité de ces condamnations.
Quant à l’Université d’Anvers, elle s’inscrit dans une ville dont l’histoire juive est indissociable de la tragédie de la Shoah : sur les quelque 25 000 Juifs anversois d’avant-guerre, plus de 65 % furent déportés et assassinés. Que cette même ville accueille aujourd’hui, dans l’un de ses lieux les plus prestigieux, la célébration d’une figure dont les fréquentations incluent des dirigeants du Hamas, constitue une ironie tragique — ou, plus gravement, le symptôme d’un refoulement mémoriel qui devrait alarmer bien au-delà des frontières belges.
Accorder un doctorat honoris causa à une figure perçue comme l’un des visages de la délégitimation d’Israël et de la relativisation des violences visant des Juifs, c’est créer une dissonance que l’on ne peut pas dissiper par des invocations abstraites aux droits humains. Le droit n’est pas une incantation. Les droits humains ne sont pas un instrument de hiérarchisation des victimes. Et l’universalisme devient une imposture dès lors qu’il tolère, en pratique, l’exception juive.
Une distinction révélatrice d’un glissement épistémologique — et d’un péril civilisationnel
Ce contexte éclaire la signification profonde du doctorat honoris causa décerné à Francesca Albanese. Loin d’être un choix isolé ou fortuit, il s’inscrit dans un champ où la légitimité intellectuelle se mesure désormais à la capacité de visibiliser la « Palestine » comme cause totale — à distance des nuances que réclamerait une authentique éthique de la recherche, et au mépris des compromissions avec des organisations dont la charte fondatrice appelle à la destruction d’Israël et à l’élimination des Juifs. Les mêmes campus où l’on appelle à rompre avec Israël deviennent les scènes sur lesquelles on sacre des figures perçues comme les porte-voix les plus intransigeants de cette cause, au risque d’ignorer systématiquement les critiques argumentées émanant de juristes, d’organisations non gouvernementales spécialisées et de gouvernements démocratiques.
Il y a là plus qu’un simple écart de jugement : c’est un glissement épistémologique qui affecte la mission même de l’institution universitaire, et un péril pour nos sociétés démocratiques. Lorsque la distinction académique suprême devient l’instrument d’une consécration militante ; lorsque le prestige institutionnel est mis au service d’une cause plutôt que d’une œuvre ; lorsque des universités européennes honorent une personnalité en dépit — ou peut-être en raison — de ses liens documentés avec des réseaux terroristes, c’est l’idée même d’une recherche désintéressée — cette skholè qui fut le berceau de la pensée libre — qui se trouve compromise. Lorsque l’excellence est confondue avec la visibilité ; lorsque la valeur académique est remplacée par la conformité à une cause ; lorsque le droit devient un langage sacralisé, brandi contre un seul État jusqu’à l’obsession ; lorsque l’inquiétude juive est traitée comme un bruit de fond — alors l’université s’éloigne de sa mission. Plus grave encore, ce qui est en jeu c’est la capacité de nos sociétés à distinguer le juste de l’injuste, le légitime de l’illégitime, le défenseur des droits du complice de leur négation, qui se trouve ébranlée. L’université cesse alors d’être le lieu où l’on apprend à penser contre soi-même pour devenir celui où l’on célèbre ceux qui pensent comme il faut — fût-ce aux côtés de ceux qui planifient des massacres.
Finalement, ce que révèle cette cérémonie anversoise, c’est moins la dérive d’une fonctionnaire onusienne que la capitulation morale d’institutions qui, en faisant fi de l’antisémitisme le plus explicite, préparent les conditions intellectuelles de son acceptation. L’enjeu est véritablement de savoir si l’institution universitaire entend rester un lieu de critique véritable, c’est-à-dire un lieu capable de penser contre ses propres réflexes, de résister à la tentation du tribunal moral, et d’affirmer sans ambiguïté une règle simple : aucune cause, aussi populaire soit-elle, ne justifie l’abaissement des critères de rigueur — et aucune indignation proclamée n’excuse la banalisation de l’antisémitisme, surtout lorsqu’il se présente sous le masque de la vertu.
Il fut un temps où l’université formait des remparts contre la barbarie ; la voici désormais qui lui tresse des lauriers.
© Fundji Benedict. Reproduction interdite sans autorisation écrite de l’auteure
Notes
- Le Forum des Organisations Juives (FOJ) a appelé les trois universités à revenir sur leur décision.
- Les informations relatives aux fréquentations de Francesca Albanese, à son statut de persona non grata en Israël et à la procédure judiciaire en cours sont issues de sources ouvertes et de documentation produite par des organisations de veille juridique. Les éléments concernant le passé des universités flamandes pendant l’Occupation s’appuient sur les travaux d’historiens belges spécialisés dans cette période.


Il y a des gens qui disent qu’ils n’aiment pas Francesca Albanese.
Vraiment, je ne comprends pas.
Parce que moi, je la déteste carrément !