La gauche s’est trouvé un nouveau combat. Après la réforme judiciaire, le refus de service des élites de l’armée de l’Air, les otages que Netanyahou « ne veut pas libérer », la commission d’enquête sur le 7 octobre que Bibi « veut politiser », et sa complicité avec le refus des haredis de servir dans l’armée, la gauche s’est inventé un nouveau combat pour faire tomber le gouvernement – et justifier leur future alliance avec les partis arabes aux prochaines élections.
L’« Initiative Abraham » (The Abraham Initiatives) est une organisation progressiste de gauche non gouvernementale israélienne fondée en 1989 par Alan B. Slifka (un philanthrope américain) et le rabbin Eugène Weiner. Elle travaille à promouvoir une société partagée et l’égalité des droits entre les citoyens juifs et arabes.
Le 14 février 2026, après cinq meurtres durant la nuit, elle déclarait :
45 Arabes israéliens tués dans des incidents liés à la criminalité et à la violence depuis le début de 2026 (presque un par jour). Cela inclut des règlements de comptes entre clans criminels, des fusillades et des « négligences policières ».
En janvier-février 2026, la violence dans les communautés musulmanes a effectivement atteint un sommet :
- Des manifestations mixtes judéo-arabes ont eu lieu à Tel-Aviv (place Habima fin janvier : environ 40 000 participants selon les organisateurs), Jérusalem et ailleurs.
- Des actions comme des blocages de routes, des « jours de perturbation » (fontaines teintes en rouge symbolisant le sang), et des rassemblements devant le bureau de Netanyahu ont été organisés.
- Des groupes comme Standing Together (Debout ensemble, un mouvement judéo-arabe progressiste) et The Abraham Initiatives jouent un rôle central dans la coordination des manifestations. Ils organisent des funérailles simulées, des militants « couverts de sang » pour sensibiliser, et appellent à une mobilisation nationale contre la négligence policière et gouvernementale – en réalité, ce qu’ils veulent, c’est la chute du gouvernement Netanyahou.
Réaction du Bureau du Premier Ministre
Une lettre a été envoyée par le bureau du Premier ministre Benjamin Netanyahu à l’Avocate générale d’Israël, Gali Baharav-Miara, début février 2026. Il s’agit de la cinquième demande urgente du Premier ministre pour des mesures extraordinaires contre la criminalité organisée dans la société musulmane israélienne (souvent appelée « secteur arabe » ou « société arabe » par les médias israéliens qui font de la désinformation, car ils incluent les citoyens arabes musulmans, chrétiens et druzes d’Israël dans un même amalgame, alors que la criminalité concerne essentiellement les musulmans). Le texte de la lettre nous explique le fond du problème.
Il insiste sur :
- Une déclaration immédiate d’un « état d’urgence en matière d’application de la loi », qui accorderaient à la police et aux forces de sécurité des pouvoirs accrus qu’ils. n’ont pas – Refusé.
- La classification des organisations criminelles comme « organisations terroristes », ce qui ouvrirait l’accès à des outils anti-terroristes (surveillance avancée, arrestations administratives, etc.) – Refusé.
- Le lancement d’une « guerre totale » contre ces organisations, impliquant une mobilisation accrue des ressources étatiques – Refusé.
Ce communiqué reflète le blocage imposé par l’Etat profond, y compris la Haute cour, pour des raisons idéologiques, qui lie les mains du gouvernement contre l’escalade de la violence. Les critiques, y compris de leaders arabes, soit qu’elles soient mal informées, soit qu’elles participent à la désinformation à des fins politiques, accusent le gouvernement de négligence, soulignant que la violence a augmenté sous le ministre de la Sécurité nationale Itamar Ben-Gvir, perçu comme indifférent ou discriminatoire envers les communautés arabes.
Les Blocages Imposés aux Forces de Sécurité
La lutte contre la criminalité dans la société arabe (principalement des gangs familiaux impliqués dans le trafic d’armes, l’extorsion et les règlements de comptes) est entravée par des obstacles légaux, judiciaires, politiques et opérationnels. Ces blocages affectent la police israélienne, Tsahal, et le ministère de la Sécurité nationale (Ben-Gvir).
1. Blocages Légaux et Judiciaires (Principalement via l’Avocate Générale et la Haute Cour)
- Refus de la conseillère juridique du gouvernement Gali Baharav-Miara : Elle est accusée par le Premier ministre, le ministre Ben-Gvir et le chef de la police Danny Levy de « lier les mains » des forces de sécurité. Spécifiquement :
- Refus d’approuver l’utilisation d’outils de surveillance avancés du Shin Bet (GSS) contre les gangs criminels, car cela serait « illégal et discriminatoire » si appliqué uniquement aux communautés arabes.
- Blocage des arrestations administratives (détention sans procès) pour les chefs criminels, réservées traditionnellement aux menaces terroristes. L’AG argue que cela violerait les droits humains et ne doit pas s’appliquer au crime organisé ordinaire.
- Opposition à la déclaration d’un état d’urgence, qui requerrait une justification légale forte pour éviter des abus (comme des pouvoirs excessifs sans contrôle judiciaire).
- Rôle de la Haute Cour de Justice (HCJ) : Bien que la HCJ n’ait pas explicitement interdit les arrestations administratives pour les criminels non-terroristes, mais elle impose un examen si rigoureux de toute détention administrative qu’il les rend impraticables.
- Pour les citoyens israéliens (y compris les Arabes), ces arrestations relèvent de la Loi sur les Pouvoirs d’Urgence (Détentions), qui est rarement utilisée pour le crime organisé et doit être justifiée par une « menace à la sécurité de l’État ». La HCJ a historiquement limité ces pouvoirs pour éviter des violations des droits (ex. : revue judiciaire obligatoire dans les 96 heures).
- Des ONG d’extrême gauche qui sont dans les petits papiers de la Haute Cour comme HaMoked et B’Tselem notent que ces outils sont plus souvent appliqués aux Arabes de l’Autorité palestinienne qu’aux citoyens israéliens, créant une dualité légale perçue comme discriminatoire.
2. Blocages Opérationnels et Politiques
- Police Israélienne : Le chef de la police Levy a déclaré en février 2026 que la situation est un « état d’urgence national », mais que les mains de la police sont liées par le manque d’outils légaux (ex. : surveillance technologique bloquée par l’AG). Malgré des augmentations de budget (NIS 2.4 milliards en 2021 pour combattre le crime arabe), les résolutions de meurtres restent basses (environ 10-20% dans les communautés arabes vs. 70% ailleurs), dues à un manque de coopération locale (loi du silence par peur des représailles) et à des priorités politiques (refus de coopérer avec les autorités israéliennes).
- Tsahal : L’armée n’est pas directement impliquée dans la police intérieure, mais pourrait l’être si les gangs étaient classés comme terroristes. Les blocages incluent :
- Interdiction d’utiliser des ordres militaires pour des citoyens israéliens (les Arabes israéliens sont citoyens sous la loi israélienne, et pas sous loi militaire comme en Judée Samarie).
- La Haute Cour a limité les détentions militaires à des contextes de sécurité nationale, pas au crime organisé.
- Netanyahu a proposé d’impliquer l’armée, mais cela requerrait une reclassification légale.
- Ministère de la Sécurité Nationale : Sous Ben-Gvir, il y a des efforts pour transférer la task force anti-crime du bureau du Premier ministre à son ministère, mais les critiques dénoncent une manœuvre politique pour retirer la responsabilité de Netanyahu.
- Des programmes passés (comme « Safe Track » sous un gouvernement précédent) ont été suspendus, aggravant la situation.
- Les leaders arabes demandent le limogeage de Ben-Gvir qui pratique la répression et la prévention, et plus d’investissement social (éducation, emplois) plutôt que répressif.
3. Autres Facteurs Contribuants
- Manque de Législation : Le gouvernement pousse pour des lois plus dures (témoins protégés, peines de prison pour les possesseurs d’armes), mais elles sont bloquées par le veto de la conseillère juridique du gouvernement.
- Discrimination Perçue : Des rapports notent une « dualité légale » : les Arabes israéliens font face à plus de négligence policière, tandis que certains gangs seraient « protégés » par le Shin Bet pour des raisons de renseignement.
- Coopération Limitée : Peur dans les communautés arabes d’aider la police, due à un manque de confiance. Loi du silence par peur des représailles. Refus d’abandonner le concept du crime d’honneur.
4. La solution : les Arrestations Administratives
Bien que la HCJ n’ait pas émis une interdiction des arrestations administratives (sans procès, préventifs), le cadre légal restreint fortement leur utilisation :
- Pour les citoyens israéliens, les arrestations administratives sont possibles sous la Loi sur les Pouvoirs d’Urgence, mais doivent être approuvées par la conseillère juridique du gouvernement et revues par la Haute Cour. Elles sont rares pour le crime organisé, car considérées comme disproportionnées (violation du droit à un procès équitable).
- Le communiqué du Premier ministre vise précisément à contourner cela en classant les gangs comme « terroristes », permettant l’usage d’outils anti-terroristes (incluant arrestations administratives sans procès pour jusqu’à 6 mois, renouvelables). Gali Baharav Miara bloque cela, arguant que le crime organisé n’équivaut pas au terrorisme, évitant une discrimination ethnique.
5. Le rôle des « Kaplanistes » et de la gauche
Les Kaplanistes – ce terme désigne les manifestants anti-Netanyahu, souvent issus de la classe moyenne juive ashkénaze, progressiste, gauche à extrême gauche (Meretz, parti travailliste-socialiste, Yesh Atid, et mouvements civils comme les anti-réforme judiciaire) – ont rejoint ces protestations plus récemment par opportunisme et pour ne pas démobiliser la protestation. Cela marque un changement :
- Historiquement, ces manifestations étaient centrées sur des thèmes « juifs » (démocratie, justice, otages de Gaza, réforme judiciaire).
- Depuis 2026, face à l’escalade (meurtres quotidiens, accusations de racisme structurel et d’abandon par le gouvernement), une partie de cette gauche a intégré le combat pour la sécurité des Arabes israéliens.
- Des pancartes mixtes (« Arab Lives Matter », « Assez de violence », appels à plus de police mais sans discrimination) et des participations conjointes montrent cette solidarité magique toute nouvelle.
- Des médias décrivent cela comme un « changement » : les Arabes portent leur lutte dans les « rues juives » pour rallier l’opinion publique juive et faire pression sur le gouvernement.
6. Pourquoi ce « soudain » sursaut ?
- La crise est décrite comme une urgence nationale (c’est effectivement une « urgence nationale »).
- Elle sert de levier politique très fort pour maintenir les critiques contre le gouvernement : négligence policière (taux de résolution des crimes bas dans les communautés arabes), armes illégales massives, et liens supposés avec la politique de droite raciste qui laisse les musulmans s’entretuer.
- Opportunité pour la gauche de reconstruire un front anti-Netanyahu plus large, incluant les 20 % d’Arabes israéliens pour remporter les prochaines élections.
Conclusion : décodage du petit jeu vicieux de la gauche
En résumé,
- La Haute Cour et la procureure générale (également conseillère du gouvernement) créent des blocages principalement pour protéger les droits.
- Ces garde-fous légaux imposés à l’exécutif mettent des bâtons dans les roues de la coalition et créent des obstacles à une action décisive.
- Ils sont ensuite utilisés par les alliés de la Haute Cour et de la Conseillère juridique pour reprocher au gouvernement de ne pas régler le problème de la criminalité dans le secteur musulman.
- Ignorant ces blocages dressés contre l’action du gouvernement, la gauche et ses médias (Haaretz, Channel 12, Times Of Israël, etc) parlent de négligence et de discrimination, tandis que la droite accuse à juste titre la Conseillère de sabotage.
- Des réformes législatives ou un changement de conseillère juridique pourraient débloquer la situation, mais cela reste controversé, et le gouvernement s’attend à ce que toute réforme qui lui permet d’être plus efficace soit bloquée par la Cour suprême.
© Jean-Patrick Grumberg pour Israël 24/7.org
