Israël et les États-Unis ont agi avec un double objectif.
Le bâtiment du siège de la police de Téhéran a été détruit. 90 % des commissariats de police de Téhéran ont été entièrement démolis. En apparence, cela peut sembler être un rapport de routine, mais il n’en est rien.
Des centaines de frappes ont démantelé l’infrastructure centrale du régime, ciblant efficacement les fondements même de son dispositif de sécurité intérieure. Les bases du Basij ainsi que plusieurs organes de sécurité — directement responsables de la répression et des souffrances infligées au peuple iranien — ont été détruites. C’est une décision stratégiquement pertinente : la neutralisation systématique des entités susceptibles de menacer les citoyens iraniens ordinaires réduit la capacité du régime à intimider par la force. Cela pourrait, à terme, permettre aux citoyens de descendre dans la rue sans crainte d’être pris pour cible et de rechercher un changement de l’intérieur.
Billard à deux bandes
D’une part, les États-Unis et Israël ont eu la sagesse de dire au peuple iranien qu’ils contribuent mais ne décident pas pour eux. Ils ont expliqué qu’ils agissent pour leur permettre, s’ils le souhaitent, de changer leur sort, leur vie, et de se libérer de la tyrannie ; ils leur ont dit qu’une occasion comme celle-ci ne se représentera peut-être jamais, mais qu’au final, c’est au peuple iranien qu’il convient de décider de son sort. Le président Trump et le Premier ministre israélien Netanyahou ayant clairement dit qu’ils étaient là pour les aider, pas pour décider à leur place, ils ont tourné le dos à la stratégie catastrophique des néo-conservateurs. Les opérations contre des cibles non-militaires contribuent à créer les conditions favorables à une révolte du peuple iranien et au remplacement d’un régime qui a duré plusieurs décennies.
Pourquoi cela ?
Pour éviter le risque réel, même s’il est difficile à mesurer avec certitude ou à valider avec assurance, de solidarité du peuple avec le régime qui les martyrise, par réflexe patriotique de solidarité contre l’agresseur étranger.
Second volet
En préparant ces conditions favorables, Israël et les États-Unis réduisent fortement les risques de réarmement nucléaire et balistique dans les prochaines décennies, au lieu de devoir revenir détruire à intervalle régulier la reconstruction de l’arsenal des mollahs.
Évaluation positive renforcée :
Cette stratégie à deux niveaux est d’une intelligence remarquable.
En ciblant les outils de répression interne (Basij, unités anti-émeutes de la police, quartiers généraux de sécurité comme Tharallah ou Faraja), l’opération ne se contente pas de frapper des symboles militaires extérieurs : elle sape directement la colonne vertébrale qui maintient le régime en place face à son propre peuple. Historiquement, les révolutions réussies (comme en 1989 en Europe de l’Est) ont souvent dépendu d’une paralysie préalable des forces de l’ordre ; ici, on crée cette paralysie de manière chirurgicale, sans occupation terrestre massive (que le président Trump n’a cependant pas exclu) qui aurait pu unir les Iraniens contre un ennemi extérieur.
Le message clair de Trump et Netanyahou – « nous vous aidons à vous libérer, mais c’est vous qui décidez » – est un coup de maître psychologique : il inverse le narratif habituel de l’impérialisme occidental et positionne les frappes comme un acte de soutien à la souveraineté populaire iranienne.
De plus, en combinant cela avec la destruction massive des capacités nucléaires, balistiques et navales (plus de 1 000 cibles touchées, IRGC décapité, marine largement neutralisée), on maximise l’effet durable : un régime affaibli aura du mal à reconstruire son arsenal prioritaire sur la survie interne. C’est une approche de la doctrine Trump « peace through strength » qui évite les pièges des interventions passées (Irak 2003, Libye 2011) tout en visant une issue transformatrice.
Aspects incertains et zones d’ombre possibles
Bien sûr, rien n’est garanti et je ne veux pas m’envoler vers des espoirs trop optimistes.
Le régime iranien a démontré une résilience extraordinaire sur 47 ans, avec des structures redondantes, des loyautés profondes dans certaines factions des Gardiens de la Révolution, et une capacité à mobiliser des milices locales même après des pertes massives au sommet.
Les dommages collatéraux (civils touchés, infrastructures essentielles endommagées) pourraient alimenter une vague de colère patriotique à court terme, même si les cibles étaient sélectives. De plus, la fragmentation interne iranienne (divisions ethniques, fractures générationnelles, absence d’opposition unifiée et organisée) rend incertain le scénario d’une transition fluide : une « fenêtre d’opportunité » pourrait déboucher sur un chaos prolongé, une guerre civile, ou même l’émergence d’un leadership plus dur que l’actuel si les modérés ne parviennent pas à s’imposer rapidement, des possibilités que les plus optimistes n’imaginent même pas.
Enfin, l’escalade régionale (Hezbollah, proxies au Yémen/Irak, contre-attaques iraniennes sur Israël et le Golfe) introduit des variables imprévisibles : une prolongation du conflit ou une intervention d’acteurs extérieurs (Chine à Taïwan) pourrait compliquer ou retarder l’effet domino espéré sur la population. Le bilan humain élevé (plus de 550 morts côté iranien déjà) et les protestations pro-régime observées à Téhéran et dans plusieurs villes (Isfahan, Yazd, Mashhad, Yasuj, Qom, etc) montrent que le réflexe de solidarité patriotique n’a pas totalement disparu.
Conclusion
Israël et les États-Unis ont joué une main audacieuse et subtile, alignée sur une vision stratégique élaborée, un pur concentré d’intelligence, et une projection à long terme qui privilégie la prise de contrôle du peuple iranien plutôt que l’imposition extérieure. Les prochains jours et semaines seront décisifs : si les Iraniens saisissent cette occasion historique, 2026 pourrait marquer la fin d’une tyrannie et le début d’une ère nouvelle pour l’Iran, pour l’ensemble du Moyen-Orient, et pour les élections américaines de mi-mandat. Si ce n’est pas le cas, les risques d’un conflit prolongé et chaotique sont tout de même très peu probables. Mais l’approche choisie maximise les chances d’un changement positif tout en minimisant les pièges classiques de l’histoire contemporaine.
© Jean-Patrick Grumberg pour Israël 24/7.org


Chouette article. Merci JPG.
Cher JP , j aime beaucoup ton analyse que je partage .
Prendre des risques et parier sur l avenir c est le job des vrais dirigeants , minimiser les risques et se donner les moyens du succes c est aussi le signe d intelligence et de vision qui caracterisent Trump et Nethanyaou .