Le cessez-le-feu de deux semaines est extrêmement fragile. Le détroit d’Ormuz n’est pas ouvert de manière effective malgré l’accord. Le trafic maritime y est quasiment nul : moins de 10 % du volume normal, avec seulement une poignée de navires (7 en 24 heures contre 140 en temps normal) qui passent. De plus, cela se fait sous contrôle strict de l’IRGC, avec des protocoles imposés.
L’Iran affirme officiellement que le détroit est « ouvert », mais en pratique il reste restreint et conditionné – ce qui contredit la lettre même du cessez-le-feu qui exigeait un passage sûr immédiat, et donc les exigences du président américain, qui a accordé le cessez-le-feu contre l’ouverture du détroit qui n’existe pas.
Et l’on se demande bien pourquoi
J’ai émis une hypothèse raisonnable, basée sur les déclarations de plusieurs hauts responsables iraniens, que si le détroit d’Ormuz n’a pas été immédiatement ouvert après l’accord de cessez-le-feu, c’est peut-être qu’il existe deux courants en conflit chez les dirigeants iraniens.
🕘 Chaque matin, l’essentiel sur Israël en 2 minutes
Infos fiables et analyses rapides, sans bruit ni désinformation.
Gratuit • Lecture rapide • Désinscription facile
D’un côté, les « raisonnables », que Trump décrit comme le « troisième régime » après avoir décimé les deux premiers, qui négocient une reddition et le cessez-le-feu, la fin du nucléaire parce qu’ils ont compris que le président Trump ne plaisante pas lorsqu’il déclare qu’ils ne l’auront pas, et de l’autre, les partisans de l’apocalypse Mahdiste – l’idéologie officielle du régime.
Mon hypothèse semble se confirmer
Des fidèles du gouvernement (n’oublions pas que si 80% des Iraniens veulent se débarrasser du régime, cela fait toujours 16 millions qui le soutiennent – le pays comptant 90 millions d’habitants) sont rassemblés en ce moment à Téhéran pour critiquer le cessez-le-feu en scandant :
« C’est le moment de la vengeance, la négociation est interdite. »
Cette manifestation valide mon analyse des deux courants
Trump, qui négocie avec eux, contrairement à vous et moi, décrit explicitement avoir à faire à un « troisième régime ». Après avoir échangé et tenté de négocier avec le premier Khamenei et son entourage immédiat (décimés en février-mars), il a pu observer un changement de ton venant d’un groupe qu’il qualifie de « moins radical et plus raisonnable ».
Premier courant – La faction pragmatique – probablement des éléments du gouvernement civil ou de l’armée régulière – qui a accepté le cessez-le-feu, la suspension des frappes américaines et, implicitement, la fin du programme nucléaire militaire pour sauver l’État iranien de l’effondrement total.
En face, les partisans mahdistes apocalyptiques (IRGC durs, cercles Paydari, idéologues de la fitna rédemptrice) restent fidèles à la doctrine officielle : toute négociation avec le « Grand Satan » est une trahison du plan divin.
Pour eux, le chaos actuel (destruction des infrastructures, morts des leaders) n’est pas une défaite, mais la preuve que le Mahdi approche. Ouvrir pleinement Ormuz reviendrait à capituler, à retarder l’Armageddon salvateur. Leurs manifestations publiques sont une pression interne massive pour bloquer toute « reddition ».
Dans ce contexte, il est tout à fait raisonnable de supposer que l’ordre d’ouverture complète et inconditionnelle du détroit n’a pas été (ou ne peut pas être) donné immédiatement à cause de ces tensions.
- La faction « raisonnable » a obtenu le cessez-le-feu pour survivre, mais elle n’ose (ou ne peut) pas imposer aux durs une mesure qui serait perçue comme une humiliation théologique.
- L’IRGC, qui contrôle militairement le détroit, applique ses propres règles (« coordination avec les forces armées », routes imposées, etc.), ce qui crée le statu quo actuel de quasi-fermeture.
- Les manifestations de loyalistes ne sont pas spontanées, elles ont été organisées par le régime pour précisément légitimer le blocage : elles montrent (surtout à l’intérieur) que tout compromis est rejeté par la base idéologique du régime.
Conclusion
Les mahdistes ne voient pas la destruction comme un échec à négocier, mais comme une étape prophétique.
Négocier, c’est ouvrir le détroit, et ce serait, à leurs yeux, saboter le retour du Mahdi.
Le cessez-le-feu est donc en sursis : les discussions sont prévues vendredi à Islamabad, mais tant que le détroit reste étranglé et que les durs crient à la trahison, la faction pragmatique aura du mal à imposer une véritable désescalade. Deux courants s’affrontent, l’ouverture ou pas du détroit dira quel camp a le dessus, et probablement aussi ce qu’apporteront ces deux semaines de cessez-le-feu.
© Jean-Patrick Grumberg pour Israël 24/7.org


Donc le Liban (qui n’est pas dans les accords) est un prétexte pour casser les pieds. Ce serait même je pense une tentative (qui peut réussir ?) à retourner l’opinion contre Israël : « Voyez qu’à cause d’eux vous payez trop cher l’essence », « ils ne veulent pas la paix » etc ..