Dès 1920–1921, donc avant tout État juif, avant toute armée israélienne, avant toute soi-disant“occupation”, on voit apparaître une logique de pogrom : Nebi Musa, Jaffa, Jérusalem, Tel Haï.
Ce ne sont pas des “réactions” à une souveraineté juive — il n’y en a pas encore — mais des mobilisations idéologiques et religieuses contre l’existence même d’une présence juive autonome.
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Les rapports britanniques de l’époque sont très clairs; ils parlent d’agitateurs, de prêcheurs, de journaux arabes, de dirigeants politiques locaux qui excitaient délibérément les foules avec des rumeurs (“les Juifs vont détruire Al-Aqsa”, “ils veulent prendre toute la Palestine”, etc.).
Ce n’est pas un chaos spontané : c’est une fabrication de haine.
Et surtout, les communautés juives attaquées à Hébron, Safed, Jérusalem ou Tibériade n’étaient pas des colons armés, mais souvent des Juifs anciens, religieux, arabophones, présents là depuis des siècles. Ils ont été massacrés parce qu’ils étaient juifs, pas parce qu’ils étaient sionistes.
L’idée selon laquelle “le fanatisme arabe serait né en réaction au sionisme” est historiquement fausse.
Ce qui apparaît dans les années 1920-30, c’est un nationalisme religieux exclusif qui refuse par principe qu’un peuple juif puisse exister politiquement ou collectivement sur cette terre.
Le sionisme n’a pas créé ce rejet, il l’a rendu visible.
Et c’est précisément parce que les Juifs ont vu Hébron 1929, Safed 1929, Tibériade 1938, Jaffa 1921, qu’ils ont compris qu’ils ne pouvaient pas compter sur la bonne volonté des foules ni sur la protection britannique. La Haganah, puis les structures de défense, ne naissent pas d’un projet de conquête, mais d’une mémoire de pogroms récents.
Ce que le récit militant inverse, c’est l’ordre des causes. Il raconte comme si la violence arabe était une “réponse”, alors que, chronologiquement, elle est le point de départ.
Et cette logique — refuser toute coexistence, bloquer toute négociation, préférer le chaos parce qu’il empêche l’autre d’exister — on la voit déjà à l’œuvre dans les années 1920.
Elle n’a pas disparu. Elle a simplement changé de vocabulaire.
Cette histoire n’est pas enseigné. L’histoire du juif qui doit rester un citoyen de seconde zone comme durant la Palestine ottomane, ce qui ne l’a en rien immunisé contre la violence arabe, les massacres et les maltraitances quotidiennes.
Sous l’Empire ottoman, les Juifs — comme les chrétiens — étaient des dhimmis : protégés en théorie, inférieurs en droit en pratique. Ils payaient des taxes spéciales, leur témoignage valait moins devant un tribunal, ils n’avaient pas le droit de porter des armes, ni de se défendre légalement contre un musulman. C’était une tolérance conditionnelle, pas une égalité.
Et ce point est décisif, le statut de dhimmi n’a jamais protégé contre la violence. Il protège seulement contre l’extermination tant que le dominé reste à sa place.
Quand des Juifs étaient humiliés, rackettés, frappés, parfois tués, cela n’était pas considéré comme un scandale politique : c’était vu comme un dérapage acceptable dans un ordre hiérarchique.
Le Juif devait être discret, soumis, reconnaissant. Pas souverain. Pas armé. Pas visible.
Le choc du sionisme, ce n’est pas d’avoir “colonisé”. C’est d’avoir dit : le Juif n’est plus un dhimmi.
C’est ça qui a fait exploser la logique ancienne. Pas parce que les Juifs achetaient des terres, mais parce qu’ils sortaient du statut d’infériorité.
Et c’est là que l’histoire ne veut pas être enseignée : la violence arabe moderne n’est pas née contre une occupation, elle est née contre la fin de la subordination juive.
Quand un Juif se défend, s’organise, construit, il brise un ordre symbolique vieux de siècles. Et beaucoup n’ont jamais accepté cette rupture.
Ce que que l’on voit encore aujourd’hui — le refus viscéral de toute souveraineté juive, même minuscule, même défensive — c’est l’écho direct de cette ancienne hiérarchie.
Le Juif toléré, oui.
Le Juif libre et souverain, non.
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Chronologie des attaques contre les Juifs en Palestine mandataire (1920 – mai 1948)
1er mars 1920 — Bataille de Tel Hai (Nord-est de la Palestine) / Combat entre miliciens juifs et un groupe d’Arabes armés cherchant des soldats. / 8 Juifs tués (et 5 Arabes). / C’est l’une des premières violences graves impliquant des civils juifs après la chute de l’Empire ottoman.
4–7 avril 1920 — Émeutes de Nebi Musa (Jérusalem et environ) / Émeutes déclenchées autour d’une fête religieuse qui dégénèrent en violences antijuives. / 5 Juifs tués, ≈216 Juifs blessés, et violences contre habitants et biens. / Une foule arabe attaque des résidents juifs dans les ruelles de la Vieille Ville.
1–7 mai 1921 — Émeutes de Jaffa (et alentours) / Émeutes communautaires qui dégénèrent en attaques arabes contre des quartiers et civils juifs. / Environ 47 Juifs tués et près de 140 blessés. / Débutées lors de tensions internes juives, mais rapidement transformées en attaques arabes contre des Juifs civils.
2 novembre 1921 — Attaques au couteau à Jérusalem / Série d’attaques au couteau contre des civils juifs. / 5 Juifs tués.
23–29 août 1929 — Émeutes de Palestine (Riots of 1929) / Massacre d’Hébron / ≈67 Juifs tués, maisons et synagogues pillées. / Massacre de Safed / ≈18–20 Juifs tués, nombreux blessés. / Bilan global : ≈133 Juifs tués et ≈339 blessés dans l’ensemble des violences antijuives. / Déclenchées par des tensions autour de l’accès au Mur occidental, ces violences deviennent des pogroms anti-juifs avec destructions massives de biens et communautés évacuées.
1931–1932 — Attaques de la “Main Noire” / Autour de Kibbutz Yagur et zones limitrophes / Quelques Juifs tués dans plusieurs attaques séparées (≈3 à Yagur, ≈6 autres). / Groupes armés arabes mènent plusieurs attaques contre communautés juives isolées.
27–28 octobre 1933 — Émeutes en Haïfa et Jaffa / Dans ces émeutes, des civils juifs blessés par des émeutiers arabes (5 blessés à Haïfa). / Ces émeutes s’inscrivent dans un climat croissant de tensions politiques.
19–20 avril 1936 — Émeutes de Jaffa (début de la grande révolte arabe) / 9 Juifs tués, ≈40 blessés (attaque de foules arabes). / Ces violences sont l’un des premiers épisodes majeurs de la grande révolte arabe de 1936-1939 contre le mandat et la présence juive.
13 août 1937 — Assassinats en Safed / 4 membres d’une famille juive (dont 3 enfants) tués dans leur domicile par des assaillants.
9 novembre 1937 — Keren Kayemet Workers / Près de Har Haruach / 5 travailleurs juifs tués dans une embuscade.
28 mars 1938 — Attaque sur route Haïfa-Safed / Route entre Haïfa et Safed / 6 Juifs tués lors d’une embuscade.
2 octobre 1938 — Massacre de Tiberias / 19 Juifs tués, dont 11 enfants, dans une attaque armée. / Pendant la grande révolte arabe, une attaque nocturne dans le quartier juif.
30 décembre 1947 — Massacre de la raffinerie de pétrole de Haïfa / Civil war pré-1948 après le plan de partage de l’ONU / 39 ouvriers juifs tués et ≈49 blessés par leurs collègues arabes lors d’un lynchage collectif après une attaque de l’Irgoun. / Cet épisode montre que, même à la veille de la guerre de 1948, de graves violences antijuives ont lieu au sein même du travail et de la vie quotidienne des populations mixtes.
Cette liste n’inclut pas les combats militaires réguliers de la guerre civile de 1947-48 après la partition ONU (qui débordent largement du cadre du mandat), ni des attaques ponctuelles isolées de moindre échelle qui ne sont pas systématiquement listées dans les grandes compilations historiques publiées.
Les chiffres peuvent varier légèrement selon les sources historiques (britanniques, sionistes, arabes), mais les événements ci-dessus sont documentés par des commissions et archives d’époque.
Aussi, a partir de 1930, les groupes d’Izz al-Din al-Qassam, attaquent des routes, des fermes, des quartiers juifs, assassinent des civils isolés ; on estime que plusieurs dizaines de Juifs sont tués directement par ses réseaux avant 1935, sans compter les blessés et l’instauration d’un climat de terreur quotidienne.
Sa mort lors d’un accrochage avec les Britanniques en novembre 1935 le transforme en martyr fondateur et sert d’étincelle à la Grande Révolte arabe de 1936-1939, soulèvement qui se réclame explicitement de lui : milices « qassamites », diffusion de ses prêches, sacralisation du meurtre présenté comme jihad.
Durant ces trois années, environ quatre à cinq cents Juifs, très majoritairement des civils non armés — ouvriers, familles de kibboutz, voyageurs dans des bus, commerçants des villes mixtes — sont assassinés, des milliers sont blessés, des vergers et des maisons détruits, certaines zones connaissent de véritables purifications locales, prolongeant les massacres antérieurs comme celui d’Hébron en 1929.
Nicolas Carras


« This war will be a war of extermination and momentous massacre which will be spoken of like the Tartar massacre or the Crusader wars. » / « Cette guerre sera une guerre d’extermination et un massacre retentissant dont on parlera comme du massacre des Tartares ou des guerres des Croisades. » — Abdul Rahman Hassan Azzam Pasha, secrétaire général de la Ligue arabe, évoquant en 1947 la perspective d’un conflit total contre un futur État juif, précisant que les forces arabes « balayeraient les Juifs qui ont envahi notre pays dans la mer ».
Je rappelle au passage que la guerre de 1948 a été planifiée, voulu avant même le vote de 1947…
la guerre n’a pas été « imposée » aux Arabes par la proclamation israélienne du 14 mai 1948.
Elle a été préparée et voulue par la Ligue arabe et les États arabes bien avant :
Dès l’été/automne 1947, des sommets arabes (comme à Aley au Liban) préparent l’intervention militaire.
Le Haut Comité arabe et la Ligue arabe rejettent immédiatement le plan de partage de l’ONU et annoncent qu’ils s’y opposeront « par tous les moyens ».
Dès le lendemain du vote (30 novembre 1947), des violences éclatent contre les Juifs en Palestine, en Égypte, Syrie, etc. C’est le début de la guerre civile (1947-1948), avant même la fin du mandat britannique.
En mai 1948, cinq armées arabes régulières (Égypte, Jordanie, Syrie, Irak, Liban) envahissent le nouvel État avec l’objectif explicite de le détruire.
C’était une guerre d’anéantissement annoncée, pas une « guerre défensive » contre un occupant. Les Juifs, eux, acceptaient le plan de partage (même s’il était territorialement très défavorable).
*
— Ce qui me sidère, un siècle plus tard, ce n’est pas que le discours du fanatisme arabe ait survécu, malgré les archives, les témoignages et même les aveux de ses propres acteurs — cela, au fond, n’a rien d’étonnant — mais que ce discours ait été repris presque mot pour mot par une partie des élites et des militants occidentaux.
On y retrouve les mêmes inversions causales, les mêmes mythes fondateurs, la même négation des violences antijuives antérieures à 1948. Cela signifie qu’une propagande a effectivement fait école, qu’elle a traversé les frontières et qu’elle s’est installée dans l’espace intellectuel occidental.
En France en particulier, la plupart des gens ignorent totalement ce qui s’est passé entre 1920 et 1948 : Nebi Musa, Jaffa, Hébron, Safed, Tibériade. On parle d’Israël, on parle de 1948, mais on ne parle jamais de ce qui a précédé.
La question n’est donc pas seulement politique : elle est scolaire, culturelle, mémorielle. Qui, parmi les élèves, apprend cette histoire ?
Les recherches sur l’enseignement en France montrent une réalité très claire : la période du Mandat britannique (1920–1948), avec ses violences, ses pogroms et ses dynamiques idéologiques, n’est quasiment pas enseignée.
Dans les programmes du collège et du lycée, le conflit israélo-palestinien apparaît au mieux comme un sous-chapitre de l’après-1945, généralement réduit au plan de partage de l’ONU et à la guerre de 1948. Les manuels privilégient les cartes, et avec des erreurs*, les dates et les grandes phases géopolitiques, mais laissent de côté l’arrière-plan social et politique du Mandat : la montée du nationalisme arabe, les agitateurs, les violences antijuives, la peur existentielle des communautés juives.
*Dont une flagrante : celle où l’on montre Israël en 1948 le jour de la proclamation d’indépendance, qui inclut le plan de partage. Sauf que le plan de partage ayant été refusé par le camp arabe, il n’existe plus en 1948 ! Donc il ne peut plus être sur une carte montrant Israël en 1948. Mais cela donne l’impression que même refusé, la partie accordée aux Arabes, et refusée par les arabes, existerait encore en 1948. Non ! Le plan est caduc, il n’y a donc pas de frontières existantes entre un État arabe et un État juif en 1948 pouvant apparaitre sur une carte. C’est comme si le plan continuait dans le temps malgré le refus, et visuellement, ça donne l’impression que cette partie du territoire, malgré le refus, est arabe de manière officielle. La carte historiquement correcte pour représenter Israël en 1948 est celle du Mandat britannique de 1922, sans le plan de partage, et incluant donc la Judée et la Samarie.
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— Les études sur les manuels scolaires montrent que ces éléments sont soit absents, soit fortement schématisés.
Plusieurs raisons expliquent ce vide : le manque de temps, la sensibilité politique du sujet, et une narration dominante qui présente surtout Israël comme un produit de la Shoah ou de la décolonisation, sans remonter aux conflits internes des années 1920-30. Résultat : les élèves français n’apprennent pratiquement jamais que, bien avant 1948, des Juifs ont été attaqués, massacrés en Palestine mandataire, ni pourquoi ils ont dû s’organiser pour survivre.
Cette amnésie structurelle fabrique mécaniquement une vision tronquée du conflit.
A++