Pakistan : quand un ministre appelle à l’enlèvement de Benjamin Netanyahou

Il y a des phrases qui, à elles seules, trahissent la nature d’un régime mieux que des années de communiqués diplomatiques. Lorsque le ministre pakistanais de la Défense, Khawaja Asif, appelle publiquement à l’enlèvement du Premier ministre israélien, et précise que « le peuple pakistanais prie pour cela », il ne s’agit pas d’un dérapage, ni d’une provocation mal maîtrisée, ni même d’un accès de colère rhétorique. C’est une confession. Une déclaration de méthode. Un aveu brutal de ce qu’est devenue une partie du pouvoir pakistanais : un mélange toxique d’islamisme politique, de ressentiment obsessionnel, d’irresponsabilité étatique et de brutalité assumée. On peut sourire, bien sûr, devant la vulgarité de l’appel, devant l’image grotesque d’un ministre de la Défense se comportant comme un chef de milice de quartier, lançant des menaces dignes d’un forum Telegram. On peut ironiser sur ce besoin pathologique d’exister par Israël, de s’inventer un ennemi lointain pour masquer l’effondrement intérieur. Mais derrière le ridicule se cache quelque chose de plus inquiétant : l’idée, banalisée, qu’un État puisse promouvoir l’enlèvement comme instrument politique légitime, que le droit international ne soit qu’une option, que la violence symbolique ou réelle soit un langage normal. Ce discours n’est pas marginal au Pakistan ; il prospère sur un terreau idéologique ancien, nourri par des décennies de radicalisation, d’endoctrinement et de duplicité stratégique. Il révèle aussi une obsession maladive pour Israël, pays que le Pakistan ne combat ni militairement ni diplomatiquement, mais qu’il utilise comme exutoire idéologique permanent, comme miroir inversé de ses propres échecs. Quand un ministre de la Défense parle comme un prêcheur exalté, ce n’est pas seulement le langage qui s’effondre : c’est la frontière entre État et fanatisme qui disparaît.

Ce glissement n’est pas nouveau. Depuis plus de vingt ans, le Pakistan est associé à une litanie de crimes d’État, de violations massives des droits humains et d’atrocités commises dans une impunité quasi totale. Le Baloutchistan est devenu le symbole d’un système de disparition forcée industrialisée : enlèvements nocturnes, corps mutilés retrouvés au bord des routes, familles réduites au silence par la peur, commissions d’enquête sans pouvoir réel, armée et services de renseignement opérant comme un État dans l’État.
À cela s’ajoutent les persécutions religieuses systématiques, en particulier contre les chrétiens, les hindous et les ahmadis, transformés en citoyens de seconde zone, vulnérables aux accusations de blasphème, souvent instrumentalisées pour régler des comptes personnels ou économiques. Une simple rumeur suffit à déclencher des lynchages, des incendies de quartiers entiers, des condamnations à mort prononcées sous pression de la rue. L’État, trop souvent, regarde ailleurs, quand il ne cautionne pas implicitement. Cette violence intérieure n’est pas une dérive accidentelle : elle est le produit d’un compromis idéologique durable entre pouvoir politique, appareil militaire et islamisme radical.
Et c’est là que le Pakistan devient véritablement inquiétant : non seulement par ce qu’il fait à sa propre population, mais par les réseaux qu’il a longtemps tolérés, soutenus, instrumentalisés ou recyclés. Les liens anciens entre certaines structures étatiques pakistanaises et des organisations jihadistes ne relèvent pas du fantasme complotiste ; ils sont ancrés dans l’histoire régionale, dans la stratégie du « bon » et du « mauvais » terrorisme, dans l’idée cynique que certains groupes peuvent servir d’outils géopolitiques tant qu’ils frappent ailleurs. Cette ambiguïté calculée a nourri des monstres qui ont ensanglanté l’Inde, l’Afghanistan, et au-delà. Elle a aussi fragilisé le Pakistan lui-même, pris en otage par les forces qu’il croyait manipuler.

Et c’est précisément cette combinaison qui fait du Pakistan un danger global : l’alliance instable entre un islamisme politique profondément enraciné, une culture de la violence banalisée, une impunité institutionnelle chronique et, surtout, la possession de l’arme nucléaire. On ne parle pas ici d’un État marginal, isolé, technologiquement dépassé. On parle d’une puissance nucléaire active, en modernisation constante, dirigée par un système politique fragile, traversé par des tensions internes, des rivalités civiles-militaires, et une idéologie religieuse radicale qui imprègne une partie du discours officiel.

Vous pouvez lire la suite de l’article sur la page Substack de Pierre Rehov

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