Interrogé sur FOX & Friends par Trey Yingst sur l’issue de la guerre, Benjamin Netanyahu n’a laissé aucune place à l’ambiguïté : pour Israël, la victoire contre l’Iran n’est pas une option négociable, mais un objectif total et clair. Il a répondu au journaliste :
1) « Mettre fin une fois pour toutes à leur programme nucléaire. Mettre fin une fois pour toutes à leur programme de missiles. Mettre fin une fois pour toutes à leur capacité à produire les composants nécessaires à ces deux programmes. »
2) « Créer les conditions permettant au peuple iranien de renverser cette tyrannie qui l’a tourmenté, qui lui a rendu la vie impossible et qui rend la vie impossible au monde entier. »
Une guerre qui change d’échelle
Ces déclarations interviennent dans un contexte de guerre asymétrique lancée le 28 février 2026 entre les États-Unis, Israël et l’Iran. Après plusieurs semaines de frappes massives, Téhéran annonce plus de 1 500 morts, ses infrastructures stratégiques sont durement touchées, et cependant, nuit et jour, les Israéliens courent vers les abris anti-bombes et la vie est rythmée par les bombardements de l’Iran et du Hezbollah (Les Houthis et les milices d’Irak n’ont pas, pour l’instant, tiré un seul missile).
Le Premier ministre a clairement établi les règles de la guerre : nous ne sommes plus dans une logique de dissuasion comme en juin 2025, mais dans une logique de démantèlement durable.
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Détruire les capacités… et fragiliser le régime
La doctrine exposée par Netanyahu va plus loin que la simple neutralisation militaire. Elle combine deux dimensions : une destruction systématique des capacités stratégiques iraniennes et une pression destinée à provoquer une implosion interne du régime.
C’est un basculement. Là où Washington, à l’époque des dirigeants démocrates comme Obama et Biden, parlait de contenir, Israël a trouvé un formidable partenaire à la boussole morale parfaitement bien réglée, et assume désormais une stratégie qui inclut clairement le facteur politique intérieur iranien.
Des objectifs clairs… mais asymétriques
Sur le papier, les objectifs sont limpides :
- Éliminer totalement les programmes nucléaire et balistique
- Empêcher toute capacité de reconstruction industrielle
- Créer les conditions d’un soulèvement interne qui garantira que le régime ne tentera pas de reconstruire ses capacités nucléaires, et apportera une paix dans une région agitée par la doctrine de conquête islamique.
Mais dans la réalité, ces objectifs ne se situent pas au même niveau. Détruire des sites est mesurable et dépend des actions israéliennes et américaines. Provoquer une chute de régime ne l’est pas.
Une stratégie sans sortie évidente ?
C’est là que le débat commence. Netanyahu a expliqué qu’un renversement du régime ne peut pas venir des frappes aériennes. Autrement dit : soit les Iraniens se prennent en charge et renversent les dictateurs islamiques, soit il s’inscrit dans la durée et implique une escalade.
Les critiques pointent une absence de calendrier, d’indicateurs de victoire et surtout de stratégie de sortie alors que tant le président Trump et le Premier ministre israélien les expliquent avec telle clarté, qu’on se demande s’ils écoutent leurs déclarations.
A la question classique : comment finit une telle guerre, les deux dirigeants apportent des réponses cohérentes que toute personne censée peut comprendre, et l’on se demande si la presse est débile, si elle fait semblant de ne pas comprendre, ou si elle se contente de reproduire en boucle ce que les trois grands médias anti-Trump (New York Times, Washington Post et CNN), répètent en ignorant totalement les déclarations des deux dirigeants.
Israël uni, malgré des fissures
En Israël, le débat reste limité. La priorité sécuritaire écrase les divisions politiques.
- Yair Lapid critique Netanyahu… mais soutient la guerre
- Quelques manifestations marginales d’extrême gauche ont lieu à Tel-Aviv et Jérusalem
- Une opposition radicale existe, notamment à gauche, mais elle est isolée.
En réalité, le consensus est large : la menace iranienne doit être neutralisée, quel qu’en soit le prix. Systématiquement, lorsque les « Palestiniens » ne sont pas en cause, la gauche israélienne retrouve un peu de bon sens et remet les priorités à leur place.
Bien entendu, le tableau ne serait pas complet sans Ehud Barak…
L’ancien Premier ministre israélien Ehud Barak a tenté de démoraliser les Israéliens, dans une interview sur Channel 13, en leur disant que la guerre contre l’Iran risquait d’entrer dans une phase prolongée de stagnation. Et pour bien enfoncer les clou dans un message de propagande que les terroristes iraniens ne renieraient pas, il affirme que les guerres commencent souvent par des avancées spectaculaires avant de sombrer dans l’usure, des négociations infructueuses ou la défaite.
Les États-Unis profondément divisés
De l’autre côté de l’Atlantique, la situation est tout autre. La guerre révèle une fracture majeure dans la société américaine.
- Le camp MAGA est aligné à 100% (dixit CNN) derrière Trump
- Des figures comme Tucker Carlson ou Joe Rogan alertent sur le risque d’escalade
- Les démocrates critiquent une intervention sans mandat clair
Résultat : une opinion publique divisée selon les lignes du parti.
Une victoire définie… mais encore théorique
Netanyahu et Trump affirment que l’Iran est déjà « décimé ». Pourtant les missiles pleuvent, les victimes s’accumulent (175 blessés rien qu’avant-hier) et Téhéran conteste, reconstruit, et surtout, le facteur clé manque toujours : aucun soulèvement populaire massif ne pointe son nez.
Autrement dit, la victoire telle que définie existe… sur le papier. Sur le terrain, elle est à construire.
Entre clarté stratégique et pari risqué
Ce conflit marque une rupture : pour la première fois depuis longtemps, les objectifs de guerre sont explicitement formulés, et les Israéliens adhèrent massivement, même après 4 semaines de guerre, alors qu’après le 7 octobre et leurs promesses d’unité, la gauche israélienne a torpillé le conflit de Gaza, et s’est servie des otages pour tenter de faire tomber Netanyahou – en faisant monter les enchères qui ont incité le Hamas a refuser de libérer les otages.
Mais cette clarté a un prix. Elle expose aussi le double pari central de cette stratégie : le coût économique d’un anti-missile qui coûte jusqu’à 10 fois le prix d’un missile iranien, et dont la disponibilité n’est pas illimitée, et le pari qu’une pression militaire externe puisse déclencher un basculement interne en Iran.
Un pari à haut risque. Et, à ce stade des déclarations de l’armée israélienne, il n’est pas gagné.
© Jean-Patrick Grumberg pour Israël 24/7.org
