Mélange explosif – la fabrication d’une Fake News pour (encore) faire croire à la discorde entre Trump et Bibi

Cette nouvelle histoire commence comme la plupart du temps chez Axios (article du 10 mars 2026, par Barak Ravid, journaliste israélien de gauche installé à Washington), qui publie un « scoop » :

L’administration Trump aurait demandé à Israël, dès lundi, de ne plus mener d’attaques sur les installations énergétiques iraniennes, en particulier les infrastructures pétrolières.

Les sources ?

Trois sources anonymes « familières avec l’affaire » – le terme habituel. Les États-Unis auraient exprimé leur « mécontentement » après des frappes israéliennes sur 30 dépôts de carburant iraniens samedi dernier, qui auraient dépassé ce que Washington anticipait. Un officiel américain – lui aussi anonyme, pourquoi ?, aurait qualifié cela de « pas une bonne idée », et un officiel israélien – lui aussi anonyme et là aussi, sans raison parce que les officiels israéliens s’expriment du matin au soir – aurait rapporté que le message US était du style « WTF » (what the fuck). Axios note évidemment que cela marque le premier désaccord significatif entre les alliés depuis le début de la guerre il y a huit jours : Axios adore chercher à montrer qu’il existe des désaccords entre Trump et Netanyahou, parce qu’il n’aime ni l’un ni l’autre.

En boucle, le Wall Street Journal reprend la news ce 11 mars 2026 : Les États-Unis ont informé Israël qu’ils n’étaient « pas contents » des attaques récentes sur les installations énergétiques iraniennes et ont demandé de ne pas recommencer sans approbation. Cela s’appuie aussi sur des sources américaines anonymes – on ne sait pas combien, ni même si elles existent vraiment.

D’autres médias ont relayé l’info – des médias tous anti-Trump comme Reuters (« Les États-Unis ont demandé à Israël d’arrêter les frappes sur l’infrastructure énergétique iranienne »), anti-Netanyahou – Ynetnews (« Les États-Unis ont exprimé leur insatisfaction et demandé que de telles attaques ne se reproduisent pas »), et anti-américaine et anti-israélienne comme Shafaq News (confirmant la demande US pour éviter des hausses de prix du pétrole et des représailles régionales).

Ces rapports datent des dernières 48 heures, ce qui suggère la même actualité reprise en boucle.

Notez que toutes les sources sont anonymes

Il est vrai que des communications diplomatiques sensibles se font souvent en privé, surtout entre alliés, pour éviter d’exposer des faiblesses. Si c’était le cas ici, je vois mal les raisons pour lesquelles des membres de l’administration Trump fuiteraient ce genre d’information à des médias hostile à Trump. Déjà par loyauté envers Trump, ils n’ont pas de raison de le trahir et de lui enfoncer un couteau dans le dos en laissant fuiter des infos dommageables à son allié. Ensuite, ils le feraient en nourrissant les médias hostiles à Trump ? Ca ne tient pas la route.

Barak Ravid et Axios, rois de la Fake News

Notez ceci : vous ne lirez jamais de Fake News venant d’Axios, du Washington Post ou du New York Times qui placardent la gauche et les démocrates.

Barak Ravid, journaliste israélien basé à Washington pour Axios, est le principal auteur de ces « scoops ». Il est reconnu pour ses sources solides auprès des administrations démocrates, spécialement concernant la diplomatie US-Israël, parce qu’il est démocrate et anti-Bibi.

Il a reçu un prix de la White House Correspondents’ Association (WHCA) en 20241 dans des conditions qui n’honorent pas la profession, et encore moins la WHCA2.

De plus, il est critiqué par les observateurs neutres et les pro-Netanyahu et pro-Trump pour son biais clair et net : les accusations de « fake news » remontent à 2019, et il a même été boycotté par l’administration Trump pour ses mensonges.

Des analyses médias (comme dans Citations Needed ou le Jerusalem Post) l’accusent d’amplifier des narratifs qui exagèrent les tensions US-Israël, potentiellement pour discréditer Netanyahu.

Axios est vu comme de gauche, mais pas sur tous les sujets – il lui arrive d’être plus à gauche que ça, et même quelques fois, plus centriste. Il est critiqué pour son usage quasi constant de sources anonymes dans les affaires Moyen-Orient.

Les ingrédients du « mélange explosif » pour une Fake News que vous allez croire

Conclusion

Toutes les conditions pour une « intox narrative » sont réunies : biais médiatique structurel + anonymat total + timing parfait pour semer le doute sur l’entente Trump-Bibi au cœur d’une guerre qu’ils ont lancée ensemble. Cela fait écho à des opérations médiatiques passées (sous Biden, sous Trump 1.0) où des fuites amplifiaient des « tensions » qui s’avéraient inexistantes ou qui n’ont jamais débouché sur la moindre explosion.

© Jean-Patrick Grumberg pour Israël 24/7.org

  1. Ravid a en effet reçu un prix de la White House Correspondents’ Association en 2024, mais jamais en un million d’année l’administration Biden aurait laissé récompenser un journaliste conservateur. Je me souviens de cet épisode, que j’ai couvert à l’époque : c’était un coup à triple détente : 1) la Maison Blanche a fuité des informations à Ravid (ce qui à ce moment là est cohérent car Ravid est démocrate, l’administration Biden est démocrate, la fuite était dommageable à Israël), 2) elle l’a félicité pour ses scoops (ce qui est hypocrite puisqu’elle les lui a fournis), 3) elle a recommandé de lui donner le prix.
    ↩︎
  2. Des études indépendantes comme celles d’AllSides (une plateforme qui évalue le biais médiatique) montrent que la salle de briefing de la Maison Blanche (dont les sièges sont attribués par la WHCA) a toujours été dominée par des outlets classés « Left » ou « Lean Left » (environ 43 % en 2022 sous Biden, contre seulement 16 % « Lean Right » ou « Right »). Cela a été le cas sous Obama, Trump et Biden – avec un pic sous Obama en 2015. ↩︎
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