Le siège d’Erdogan contre Israël commence

Alors que l’attention mondiale se porte sur l’Iran, une nouvelle coalition se forme dans l’ombre. Elle révèle comment le président Erdogan unifie rapidement le monde sunnite, transformant d’anciens rivaux en alliés pour encercler l’État juif.

Le blitz diplomatique Erdogan a lancé un vaste effort de réconciliation, signant des pactes de défense et d’énergie avec l’Arabie saoudite et l’Égypte, tout en consolidant des alliances avec la Jordanie. L’objectif ? Remplacer « le croissant iranien autour d’Israël » par un mur diplomatique sunnite uni contre Jérusalem.

1. Les faits

Depuis 2022–2025, la Turquie a mené un processus de normalisation spectaculaire :

Il s’agit d’un retour pragmatique à la tentative de domination régionale et de reconstitution de l’Empire ottoman. L’axe turco-qatari isolé de 2017–2021 a laissé place à une stratégie d’influence économique.

2. Les limites structurelles

« L’unification du monde sunnite n’est toutefois pas un pari gagné d’avance :

Il existe donc une coordination pragmatique, mais la fusion idéologique et le commandement unifié sous Ankara demanderont encore des efforts.

3. Objectif : encercler Israël

a) Relations Turquie–Israël

Les relations turco-israéliennes oscillent entre confrontation rhétorique (Erdogan qualifie Netanyahou de Hitler et Israël de régime nazi) et coopération pragmatique :

Erdogan instrumentalise la cause palestinienne pour son leadership islamique, mais Ankara n’ose pas mener une stratégie militaire d’encerclement directe d’Israël.

b) Les pays mentionnés sont-ils gagnés à l’axe turc ?

Ces États ont des divergences politiques avec Jérusalem, mais seront-ils assez imprudents pour s’engager dans une coalition militaire anti-israélienne ? Erdogan mise sur cette option.

La « guerre de l’ombre » en Afrique

Loin des caméras, une bataille stratégique fait rage. De la Libye au Soudan et à la Somalie, les renseignements turcs et égyptiens coordonnent leurs actions pour contrer les influences rivales et restreindre l’accès stratégique d’Israël à la mer Rouge.

La stratégie : il ne s’agit pas seulement de diplomatie, mais de confinement. La région évolue d’un « camp sunnite modéré » vers une grande coalition islamique visant à isoler Israël diplomatiquement et économiquement.

Cette stratégie de « confinement » transforme le « camp sunnite modéré » (historiquement aligné sur les États-Unis et tolérant envers Israël) en une nouvelle coalition islamique. Des analystes israéliens voient cela comme une « remplacement de l’axe chiite iranien par un axe sunnite des Frères musulmans », avec la Turquie en leader.

Netanyahou, dernier bastion de résistance

Le 19 janvier 2026, lors d’un discours à la Knesset, le Premier ministre Benjamin Netanyahu a explicitement déclaré qu’il n’y aura « pas de soldats turcs ou qataris dans la bande de Gaza », rejetant toute implication militaire de ces pays dans la gestion post-guerre du territoire.

Ce veto intervient quelques jours après l’annonce par la Maison-Blanche d’un « Board of Peace » (Conseil de paix), un comité de 11 membres supervisé par les États-Unis pour superviser la reconstruction et la stabilisation de Gaza, incluant des représentants turcs (comme le ministre des Affaires étrangères Hakan Fidan) et qataris.

Netanyahu n’a pas hésité à s’opposer frontalement au président Trump, et il a instruit son ministre des Affaires étrangères, Gideon Sa’ar, de transmettre ces objections au Secrétaire d’Etat Marco Rubio à Washington, soulignant un « désaccord » avec les États-Unis sur ce point et une ligne rouge qu’il ne laissera pas franchir.

Ce refus n’est pas nouveau : il fait écho à des déclarations antérieures, comme en octobre 2025, où Israël avait déjà exprimé son opposition à toute force armée turque à Gaza dans le cadre d’un plan américain de fin de guerre.

La Turquie, de son côté, a réagi en affirmant qu’aucune décision finale n’a été prise sur sa participation, et qu’elle reste intéressée par un rôle dans une force de stabilisation internationale.

Lien avec la stratégie d’Erdogan : Une contre-mesure au « mur sunnite »

La décision de Netanyahou s’intègre directement dans une tentative israélienne de contrer le « blitz diplomatique » d’Erdogan, que nous avons détaillé précédemment. Erdogan, en s’imposant comme médiateur influent à Gaza via des troupes ou une aide humanitaire, lui permettrait d’étendre son influence dans le « croissant sunnite » qu’il construit autour d’Israël.

En refusant radicalement cette présence, Netanyahu vise à :

En somme, le refus de Netanyahou n’est pas seulement une posture défensive sur Gaza, mais une pièce clé dans une guerre d’influence plus large contre la stratégie d’Erdogan.

Si cette coalition sunnite se consolide, elle pourrait amplifier les pressions sur Israël via l’Organisation de la coopération islamique (OCI), où la Turquie pousse pour des sanctions économiques. Cependant, des défis comme les objections américaines ou les réticences internes au bloc sunnite pourraient limiter l’impact.

© Jean-Patrick Grumberg pour Israël 24/7.org

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