Enquêter pour comprendre : de l’après-7 octobre à la “Mécanique du mal”

Deux ans d’enquête, des milliers de pages, des déplacements entre Israël et l’Europe, et une conviction intacte : pour Sophie Chemla, comprendre le terrorisme ne suffit pas. Il faut en exposer les mécanismes, les relais et les financements. Avec la sortie de son nouvel ouvrage La Mécanique du mal : Enquête sur le financement du terrorisme international et des réseaux de radicalisation, la journaliste et auteure franco-israélienne poursuit un travail engagé depuis le 7 octobre 2023. Un travail né sur le terrain, dans l’urgence, et devenu depuis une enquête au long cours sur ce qu’elle décrit comme « l’infrastructure invisible » du terrorisme contemporain.

Du terrain israélien à l’enquête internationale

Le 7 octobre agit comme un point de bascule. Dans les jours qui suivent les attaques, Sophie Chemla se rend sur les sites des massacres, des kibboutzim frappés aux centres médico-légaux. Elle recueille témoignages, documents, traces. Cette immersion donne naissance à un premier livre, 6h30, le 7 octobre 2023, récit chronologique et documenté des événements et de leur impact sur la société israélienne. Dans le prolongement de ce travail, elle participe également à la production du documentaire Pogrom(s), réalisé par Pierre Rehov, consacré aux origines politiques et historiques ayant mené aux attaques du 7 octobre.
Mais pour elle, l’histoire ne s’arrête pas là.Très vite, l’enquête s’élargit. Derrière l’attaque, elle veut comprendre les réseaux : financements, structures idéologiques, relais politiques et associatifs, flux transnationaux. Ce travail aboutit aujourd’hui à La Mécanique du mal, une investigation qui dépasse le Moyen-Orient pour interroger l’Europe et l’Amérique du Nord.

Un sujet brûlant d’actualité

La parution du livre intervient dans un contexte international particulièrement tendu. Aux États-Unis comme en Europe, les débats sur les organisations islamistes, leurs réseaux d’influence et leurs financements occupent désormais le devant de la scène politique et sécuritaire. La désignation récente de certaines organisations liées aux Frères musulmans ou à des structures de lobbying musulman relance la question des circuits financiers et idéologiques qui irriguent la radicalisation.
Pour Sophie Chemla, ces dynamiques dépassent largement le cadre sécuritaire.
Selon elle, les mécanismes de radicalisation et de financement influencent aussi les sphères politiques, médiatiques, éducatives et associatives. Certaines ONG, affirme-t-elle, participent à la diffusion de récits biaisés qui contribuent à polariser les sociétés occidentales et à durcir les lignes idéologiques. « Le mal ne passe pas seulement par les armes », explique-t-elle lors de ses conférences. « Il passe aussi par l’influence, les financements, les idées. »

Dans l’attente que son livre soit édité, Sophie Chemla le fait connaître en le distribuant lors de ses conférences.

Témoigner, transmettre, provoquer l’action

Depuis la publication de ses ouvrages, Sophie Chemla multiplie les conférences et interventions, en France, à Monaco et à Londres notamment. Face au public, elle insiste sur ce qu’elle considère comme sa mission : enquêter, témoigner, communiquer. Mais aussi transmettre. Lorsqu’on lui demande quelle forme doit prendre l’action, elle évoque des pistes concrètes : recours juridiques, application rigoureuse des lois existantes, mobilisation citoyenne, vigilance institutionnelle. Pour elle, l’information n’a de valeur que si elle permet d’éclairer les décisions et d’encourager des réponses structurées.

Une journaliste habitée par l’urgence d’informer

Ceux qui l’ont rencontrée décrivent une femme de terrain, méthodique mais passionnée, capable d’absorber une masse considérable d’informations, souvent difficiles, pour en extraire une lecture claire et accessible. Son travail mêle reportage direct, analyse géopolitique et investigation documentaire. Une approche qui vise autant le grand public que les décideurs, avec une volonté constante : rendre visibles des mécanismes complexes et souvent opaques. Pour Sophie Chemla, l’enquête est loin d’être terminée. Les circuits financiers évoluent, les structures se transforment, les influences se déplacent. « Si l’on veut comprendre et combattre ces réseaux, il faut les suivre en permanence », dit-elle. À ses yeux, le combat n’est pas seulement sécuritaire : il concerne aussi la préservation des fondements démocratiques occidentaux.
Et c’est précisément cette conviction qui continue de guider son travail.

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