Le B-2 n’est pas un bombardier. C’est la clé d’une serrure. Et il n’y a qu’une seule chose sur Terre qu’il a été construit pour déverrouiller : le GBU-57 Massive Ordnance Penetrator (MOP). Treize mille six cents kilogrammes. La plus grande bombe non nucléaire de l’arsenal américain, développée au coût de 330 millions de dollars au cours d’une décennie d’ingénierie classifiée, conçue pour un seul objectif stratégique : atteindre ce que l’Iran a passé quinze ans à enterrer sous les montagnes.
Le B-2 Spirit est le seul appareil sur Terre capable de la délivrer. Quatre d’entre eux sont partis de Diego Garcia. Treize complexes souterrains iraniens de missiles ont été frappés par un mix de MOP, de bombes de 2 000 lb (environ 907 kg) penetrators type BLU-109/G BU-31 ou similaires, larguées en grand nombre par les B-2.
L’infrastructure souterraine du programme iranien de missiles balistiques n’est pas un simple problème de stockage. C’est une déclaration. Le Corps des gardiens de la révolution islamique a commencé à creuser des tunnels après que la guerre du Golfe de 1991 a démontré ce que la puissance aérienne américaine pouvait faire aux cibles en surface en une semaine. La conclusion qu’en ont tirée les planificateurs militaires iraniens était absolue : tout ce qui existe à la surface peut être détruit. Ils ont donc construit en dessous.
- Des installations enfouies à 60 à 80 mètres dans une roche renforcée.
- Des réseaux de tunnels creusés dans les montagnes Zagros.
- Des complexes de lancement renforcés contre tout ce que compte l’arsenal américain.
Seule exception : une bombe nécessitant un appareil à 2,1 milliards de dollars pour la délivrer, et un dispositif de ciblage et de renseignement construit pendant des décennies.
L’Iran appelle ça « villes de missiles ». Un réseau de tunnels sous les montagnes, prépositionnés, préapprovisionnés, conçus pour survivre aux frappes initiales de toute guerre et préserver la capacité de lancement après les destructions en surface.
L’ensemble de l’architecture de la dissuasion iranienne des vingt dernières années repose sur le calcul que le souterrain survivrait.
Quatre B-2 viennent de montrer que leur calcul était faux, treize complexes sous-terrains en ont déjà fait les frais.
L’affirmation du Corps des gardiens de la révolution islamique selon laquelle les installations sont intactes était prévisible, et invérifiable de l’extérieur. Le seul élément observable qui compte est le suivant : après les frappes des B-2, l’Iran a lancé des ogives à sous-munitions sur Tel-Aviv à partir de systèmes mobiles (camions semi-remorques), ce qui confirme que la capacité de lancement mobile subsiste et n’a pas été totalement détruite. Mais la capacité de lancement mobile ne remplace pas les bases, car elle n’a pas la capacité de lancement massif depuis les tunnels.
La distinction entre les deux tient au volume, à la coordination et à la survie
- Un lanceur mobile est un seul véhicule avec un seul missile.
- Un complexe souterrain est une architecture coordonnée de salves massives conçue pour submerger simultanément le Dôme de fer depuis plusieurs vecteurs.
- Ce sont des armes totalement différentes dans tous les sens stratégiquement significatifs.
Cependant, dès qu’un tir est déclenché depuis une base, celle-ci est exposée, et détruite. Depuis un camion, les pertes sont moins importantes : il s’agit d’un seul lanceur.
Si les complexes souterrains du Corps des gardiens de la révolution islamique sont détruits, l’Iran conserve la capacité de lancer des attaques de harcèlement – c’est son objectif actuel, et les déclarations des dirigeants sont explicites : « nous avons de quoi tenir longtemps » disent-ils. L’Iran a donc perdu sa capacité de lancer des salves massives qui surchargent la défense aérienne israélienne et américaine. Cela explique la baisse de 90 à 94 % des lancements iraniens après les premiers jours.
Ne surestimons pas les Iraniens : même si des poches subsistent, le cœur de la dissuasion par saturation a été brisé.
La différence entre les deux capacités de lancement est celle entre une guerre que l’Iran croit pouvoir soutenir sur la durée, et une guerre que l’Iran pensait pouvoir gagner.
C’était sans compter sur la présence simultanée de deux monstres politiques : le président Trump et le Premier ministre Netanyahou.
Les montagnes Zagros ont constitué la profondeur stratégique de l’Iran pendant vingt ans. Quatre appareils sont partis d’une île dans l’océan Indien, ont pénétré l’espace aérien iranien sans être détectés, ont largué des bombes de treize mille six cents kilogrammes dans la montagne, et ont fait partir en fumée vingt ans de fantasme idéologique et de folie islamique.
La montagne était le plan. La montagne est désormais leur problème. Lorsque nous examinons le nombre de missiles restants, nous ne déduisons pas ceux qui se trouvent coincés dans les villes de missiles dont les accès ont été bombardés, et ceux qui ont été endommagés lors de ces bombardements. Les comptes officiels (IDF et CENTCOM) se basent sur l’imagerie visible, mais ne déduisent pas les missiles piégés (estimés à des centaines, potentiellement 30-50 % du stock restant).
